Une chinoise ordinaire / Stéphane Fière

Merci Catherine de m’avoir fait découvrir cette figure historique. Je connaissais Sissi impératrice, Abdel Fattah Al-Sissi, mais pas du tout Cixi l’impératrice douairière !

Stéphane Fière, lui, n’est pas empereur, il vit en Chine depuis de nombreuses années, et son dernier roman, « Camarade Wang achète la France », fait écho à l’actualité puisque Jack Ma, le multimillionaire chinois patron d’Ali Baba, vient de racheter un domaine viticole dans le bordelais, et c’est précisément le sujet de son cinquième roman.
La lecture est une chose curieuse, qui selon les moments et les envies, vous ensorcelle ou vous ennuie : ce livre m’est tombé des mains. C’est donc du précédent que nous allons parler « Une chinoise ordinaire ».

Elle s’appelle Ai Ling, ou plutôt Aline pour ses « patients » occidentaux. Cette escort-girl 2.0 s’est spécialisée dans le haut de gamme : le laowai ( = étranger) vieux et haut placé, ce qui lui garantit des revenus somptuaires. On va suivre cette shanghaïenne de la fin de l’adolescence jusqu’à la trentaine, de Shanghaï à Pékin, réinventant sa vie en permanence pour ne plus savoir finalement qui elle est et pourquoi elle en est arrivée là.
Le ton est féroce, tellement méchant que c’en est parfois jouissif, les chinois recèlant de trésors d’inventivité en matière d’insultes en tout genre et d’expressions imagées. C’est un véritable bestiaire (cloportes, invertébrés, insectes en tout genres, etc…) qui investit les conversations et donne au livre une dynamique furieuse. L’emploi de termes chinois argotiques contribue aussi à l’exotisme et au plaisir de la lecture, une banque de mots accompagne d’ailleurs le texte en fin de livre, c’est truculent.
Au final, une histoire plutôt banale, qui donne un aperçu de certains milieux interlopes de la Chine contemporaine, sans complexes et sans scrupules, mais le texte vaut surtout par sa langue et son style décapant, qui précisément dans le nouveau roman de Stéphane Fière tournent trop, à mon sens, au procédé.

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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