Souvenir d’une journée parfaite / Dominique Goblet

Ce récit a pour décor un cimetière de Bruxelles dans lequel l’auteure se rend, à l’occasion de la fête des pères, pour y déposer une petite bruyère devant la plaque commémorative de son père.

Mais retrouver le nom de ce père sur l’une des nombreuses plaquettes réservées à la mémoire de ceux qui ont été incinérés ne s’avère pas si aisé. Face au nombre impressionnant de plaques portants chacune des noms différents, des dates et autres photos, elle s’égare jusqu’à la fermeture du cimetière sans avoir retrouvé son propre nom inscrit sur l’une des plaques. Il ne lui reste plus qu’à déposer son offrande sur la pelouse où les cendres de son père ont été répandues autrefois mais là encore, elle devra adapter sa démarche à l’organisation du lieu.

Mais avant de déposer son pot de fleur, finalement devant un nom choisi au hasard, elle aura porté, au fil des noms et dates qui défilent devant elle, son attention sur celui d’un illustre inconnu : Mathias Khan. Elle commence alors à lui imaginer une vie qu’ il aurait pu mener dans les derniers mois de son existence entre amour et rupture, maladie et quête du bonheur simple, le tout sans en connaître les moindres éléments autobiographiques…
   Double récit explorant le rapport, dans le 9ème art, entre l’autobiographie et la fiction, et surtout le glissement qui peut s’opérer entre les deux, Dominique Goblet illustre son propos par un événement réel dans lequel rien de sa vie intime et personnel ne transparaît, sinon que son père est décédé et incinéré, et l’exploration imaginaire d’un récit de vie d’un inconnu dans lequel se mêle des éléments réels de sa propre existence, ses traits physiques ainsi que ceux de son compagnon pour illustrer Mathias Khan et sa maîtresse, et surtout ses projections personnelles, pour finalement nous suggérer qu’ « au fond les récits inventés sont notre propre vie intime ».
  Cette histoire où passé et présent s’entremêle, où l’imagination comble le vide et la présence fictive l’absence, nous offre l’opportunité de (re)découvrir un langage narratif singulier et novateur au moment de sa première publication, servi par un dessin au crayon gras ré-haussé à la graisse que l’on n’imaginait pas, alors, adapté à l’art séquentiel mais plutôt réservé aux travaux exposés dans les galeries d’ arts plastiques.
Trop longtemps épuisé depuis sa publication à seulement 3000 exemplaires en 2000 par les éditions Fréon, « Souvenir d’une journée parfaite » de Dominique Goblet est enfin réédité aujourd’hui pour notre plus grand plaisir par les éditions Frémok. Un livre qui marqua, avec « Faire semblant c’est mentir » publié à L’Association en 2007, le début de la production d’une artiste majeure, tout autant reconnue mondialement dans le 9ème art que dans les espaces et galeries d’art graphique contemporain.

page extraite de « Souvenir d’une journée parfaite » de Dominique Goblet : 2000 pour les éditions Fréon, 2017 pour les éditions FRMK

Disponible à la bibliothèque des Champs Libres ainsi que « Faire semblant c’est mentir »

   Pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, la revue en ligne de la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image vient de publier, heureuse coïncidence, trois dossiers sur Dominique Goblet dont un sur « Souvenir d’une journée parfaite » :
et pour ceux qui sont définitivement tombés en admiration pour cette artiste:
– Entretien avec Dominique Goblet: « réalité de la fiction » par Pierre Polomé, Bruxelles, juillet 2001
Entretien avec Dominique Goblet réalisé en public durant le festival « BD à Bastia », le 2 avril 2011 par Xavier Guibert