Emily Dickinson : A Quiet Passion / Terence Davies

Comment au milieu du XIXe siècle en Nouvelle-Angleterre une femme vit son désir d’écrire de la poésie ? Le film de Terence Davies nous présente un manifeste féministe. Un film intense sur une artiste spontanée, révoltée. En filigrane, une punk de ce siècle.

Après s’être révoltée face aux conventions et obligations religieuses de son pensionnat, la jeune Emily Dickinson se met à écrire de la poésie. Une urgence d’écrire résonne en elle. Son audace l’émancipe du carcan dans lequel elle gravite. Ses poèmes sont des rugissements de vie. La seule injonction qu’elle accepte, c’est la sienne. Ecrire, écrire, écrire.

Sa révolte est une tentative quotidienne pour rester elle même. Son écriture ne plie pas face aux exigences de son époque. Le conformisme l’étouffe. Alors la nuit, elle rédige des poèmes pour enfin révéler ses émotions. Cet acte de rébellion lui offre une lucarne de liberté incommensurable. “Le rivage est plus sûr, mais j’aime me battre avec les flots. » : « The shore is safer, but I love to buffet the sea. »

Cette auteure est considérée de nos jours comme l’une des plus grandes poétesses. Si seulement une dizaine de son vivant a  été publiée, plus de 1700 poèmes sont désormais édités. La misogynie à cette époque sévissait avec une effervescence décomplexée. La censure régnait de surcroit. Dans sa famille, chez les éditeurs aussi. Comment de nos jours pourrions nous subir et accepter cette inique autorité ?

Une mise en scène singulière. Un sujet fort qui prouve encore une fois que l’écriture peut être émancipatrice. L’art permet d’exprimer ce que la société tait et réprouve. La vérité des sentiments y est sincère. Le réalisateur ne cache pas les souffrances de cette femme. Sa rage, ses zones d’ombre sont notamment mises en évidence.

Un film d’une grande sonorité étayé par la poésie dite en voix-off. Une bouffée d’oxygène qui donne envie de relire ses poèmes. Une femme qui ne peut laisser indiffèrent, qui nous parle de notre propre humanité.  D’une envergure rare.

2017

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres

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