Selflic / Usé

« De mon temps, les chanteurs savaient chanter. Lui on comprend rien à ce qu’il raconte. » Voilà en substance ce que pourrait dire votre tata Rolande en vous tendant sa boîte de gaufrettes périmées depuis 1987 à l’écoute de cet album du bien nommé Usé.

C’est vrai qu’il faut tendre l’oreille pour entendre ce que marmonne l’animal amiénois au parcours atypique et à l’allure d’une fusion génétique entre Michel Houellebecq et David Guetta. Le son est un peu crade à la lisière du punk-noise, de l’electronica, de la cold-wave et de l’indus : « Techno rurale, horreur sociale » peut-on lire sur le site officiel du label. Terrible engeance des Lucrate Milk, Metal Urbain, Cramps, Topor et Siné, l’homme-orchestre (batterie explosée, guitare désaccordée, clavier branlant, pc pourri, cymbale pétée, looper dézingué) émerge du DIY un peu dans la veine de Jessica93.

Il y a bien une ballade langoureuse lacrymo-géniale sur les violences policières qui vous enjoint à danser un slow avec un flic : L’anti-J’ai embrassé un flic de Renaud par l’anti-David Guetta. Presque le titre le plus commercial de l’album, chanté distinctement parce qu’il est de bon ton de diaboliser la bleusaille.

Selflic plonge en roue libre dans une ambiance où la bizarrerie flirte avec la folie. Un disque à caractère urgent au cynisme sur le fil et à l’humour froid. De ceux que vous écoutez, tout seul, en descendant des gorgeons tiédasses de 8°6 avant de faire crisser sur le sol les semelles de vos Dr Martens (ou de vos espadrilles trouées) dans un pogo avec votre ombre à 4:30 du matin. Avec Cannibale et JC Satan, encore une « belle » signature chez Born Bad Records assez impressionnante à voir en live (cf ci-dessous).

Born Bad Records, 2018.