Chanson de la ville silencieuse / Olivier Adam

Une jeune fille quitte son existence balisée à la recherche de son père dans les rues de Lisbonne. La saudade exprime son itinéraire et nous entraine dans une tornade enflammée.

La disparition du père est un sujet universel. Olivier Adam nous offre de quoi nous interroger et réfléchir. Si le manque est le constat accablant d’une mort avérée, l’auteur s’attarde sur l’incertitude et les douleurs d’une absence « sans sépulture, sans cendres à disperser ».

En effet, ce père fantôme, celui dont on a vu une photo dans un bar enfumé portugais existe-t-il toujours ? Est-ce bien celui qui a disparu il y a quinze ans laissant ses bottes, ses papiers, sa voiture au bord du Rhône ? Il ne serait donc pas mort, vraiment ?

Une femme qui grandit au fur et à mesure qu’elle avance vers son père. L’histoire de cet homme devient la sienne. Du passé surgit la beauté d’un avenir dans lequel la narratrice se relève, combat et se dessine phénix.

« Je suis la fille dans les musées, les galeries, qui noircit des carnets, note ce qu’elle ressent pour savoir ce qu’elle ressent. Je suis la fille qui dresse des listes. Des choses vues, qui font battre le cœur ou le serrent, de petites preuves destinées à elle-même, des vérifications. Celle qui doute d’être en vie. Je suis la fille qui se glisse par les portes cochères, flâne dans les cours d’immeubles où elle ne vit pas. Celles qu’aimantent les fenêtres éclairées ; qui guette les ombres, les traces de l’existence des autres. Qui toujours imagine qu’une vie l’attend, dont elle s’est absentée, dans les chambres, les salons, les cuisines entrevus. Je suis la fille que tout bouleverse. »

Dans ce treizième roman, le style littéraire brille par son élégance. Des allures de chanson aux phrases courtes, aux textes développés, écrits comme des mélodies, des couplets. Le titre du roman est d’ailleurs emprunté à une chanson de l’album Si je connais Harry de Dominique A. Un artiste qu’Olivier Adam apprécie beaucoup, dont la musique l’accompagne depuis longtemps.

Une lecture émancipatrice. De quoi nous toucher, nous agiter.

2018, Flammarion

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres

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