Dansker-Trilogien / Halfdan Pisket

La trilogie (Déserteur / Cafard / Dansker) s’inspire du parcours chaotique du père de l’auteur qui a fui la zone de turbulences arméno-turque pour le Danemark dans les années 70.

C’est l’histoire d’un déraciné comme tant d’autres qui rêve d’une vie meilleure. Le premier tome relate à la première personne la jeunesse paternelle sous le joug d’un conflit frontalier latent. L’auteur évoque aussi la perte du meilleur ami et du frère de son père, la maladie, l’enrôlement forcé et la désertion, la prison, la torture, l’abandon de ses racines avant l’exil et la décomposition du lien familial. Sa vie en Europe, explorée dans les tomes 2 et 3, n’est guère plus reluisante (clandestinité, épilepsie, trafic, délinquance, prison, solitude, retour au pays en charter, violence, difficulté d’être jeune père, racisme, lourdeur administrative…) même s’il y rencontre son meilleur ami « taiseux », séduit des femmes, vit au sein de la communauté hippie Christiana et fonde une famille qui implosera en plein vol. L’auteur ne tire pas les ficelles du misérabilisme ni de l’hommage aveugle à la figure paternelle pour autant. Bien au contraire, le lecteur reste circonspect devant certaines actions ambivalentes du héros. Certaines planches demeurent si expressives et d’une telle force qu’elles se succèdent sans monologue. D’autres, plus psychédéliques, incarnent la dépendance du protagoniste au haschich, seul remède à son épilepsie.

Le dessin en noir et blanc peut rappeler celui de Comès avec le souci du détail.

Une série très noire mais empreinte d’humanisme, dont le dernier tome est primé à la prochaine édition du festival d’Angoulême, qui se révèle être un augure et une ode à l’empathie à l’égard de ceux que le monde d’aujourd’hui met sur les routes et noie dans les mers.

Presque Lune Editions, 2017-18

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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