Le bilan des 40èmes Trans Musicales de Rennes (acte 1) : 5 et 6 décembre (Ubu / L’Étage – Liberté / Parc expo)

La métaphore du marathon pour suivre le festival des Trans Musicales paraît à peine exagérée et cette année, nous avons commencé tôt…

Mercredi soir, une programmation estampillée post-punk à l’Ubu : Nabihal Iqbal, Sink Ya Teeth et la très attendue tête d’affiche Nova Materia. La setlist du DJ Whitehot vient s’intercaler entre chaque concert pour faire patienter le public qui préfère aller s’en griller une à l’extérieur ou s’en jeter un dans le cornet au bar.

La jeune anglo-pakistanaise (guitare-voix), accompagné d’un partenaire au synthé, ouvre le bal devant une salle au tiers rempli. Son électro-pop mâtinée de cold est plutôt doucereuse et le groove peine à prendre malgré quelques belles envolées. Le duo conclut son set sur une très emballante reprise de A forest des Cure. Bel hommage et juste retour des choses puisque le titre de Cure sortit en 1980, quelques mois après les premières Trans.

Le duo anglais Sink Ya Teeth entre en scène et les premiers morceaux semblent prometteurs. Les percussions électroniques saccadées et les nappes de synthé distillent une disco-funk mutante plutôt efficace orchestrée sur Mac. Leur set est bien rôdé, la bassiste fait le job et la chanteuse à la voix disco-soul paraît comme possédée. Peut-être par l’esprit de Donna Summer dont elles reprennent le tube « I feel love ». L’ombre de Cerrone est tapie dans le coin et les titres s’enchaînent de manière inégale.

Le duo électro franco-chilien Nova Materia (Ex Pànico) entre enfin sur scène. Le public est là, certains plus perchés que d’autres (mention spéciale à la fille enrobée de papier aluminium partie loin dans les étoiles). Le projet punk-indus donne un aspect tribal à la musique avec son détournement de matière (tubes en métal, bois, pierres, guitares détournées en percussions en plus des cymbales, bongos et toms…).  C’est emballant sur le papier et sur l’album It comes. Leur minimalisme (consoles / synthés) et leur agressivité n’est pas sans rappeler la musique de Suicide ou celle des premiers Depeche Mode. La transe n’est pas loin mais les morceaux paraissent mal agencés pour que l’effet dure. Très percussif. Trop peut-être. Les morceaux sont chantés en espagnol, français, japonais (?) et anglais. Une prestation en demi-teinte (jugée sur deux-tiers du concert puisque je décampe avant la fin) qui aurait mérité plus de cohérence. Avec l’esprit mal placé, nous dirions que nous ne savions pas trop si nous étions chez Nature & Découverte ou chez Du bruit dans la cuisine. Au final rien de très post-punk dans cette soirée… si ce n’est la danseuse à l’aluminium.

Le lendemain direction L’Étage (Liberté) pour voir Choolers Division, groupe d’électro rap belge un brin déjanté. Pas vraiment une découverte puisqu’ils étaient déjà venus au festival Spéléographie en 2016 et tournent partout depuis 2013. Difficile de faire abstraction de l’aspect freakshow du concert même si de nombreux rappeurs devraient s’inspirer de l’énergie brute des 2 MCs trisomiques et de leurs musiciens éducateurs qui revendiquent un projet musical et artistique comme les autres. Trois bidouilleurs inventifs qui triturent les consoles, balancent des riffs de guitare et scratchent en mode furieux. Les textes énigmatiques font souvent allusion au rapport au corps, au handicap, à la sexualité, à l’amour, à la mort, aux parents… L’un a un flow plus posé, l’autre plus survolté mais les deux combinent bien ensemble comme des catcheurs sur un ring. On ne comprend pas toujours tout et les MCs partent assez facilement en cacahuète mais la magie opère.

 

[Stéphane L.]

Les Trans n’ont débuté pour moi que le jeudi soir au Parc Expo avec Robert Finley. Robert Finley est un guitariste-chanteur originaire de Louisiane (mais d’un coin de Louisiane proche du Texas, ça se voit à son chapeau et ça s’entend aussi un peu). Après une carrière semi-professionnelle orientée blues et gospel, il connait la notoriété depuis 2016 grâce à son travail avec la fondation Music Maker (qui aide les vieux bluesmen). J’ai retrouvé sur scène le son blues-soul qu’il a produit sur ces deux albums et qui évoque B.B. King ou Bobby Bland.  Finley n’était accompagné sur scène que d’un clavier et une batterie ce que j’ai trouvé limité pour reconstituer un son urbain et sophistiqué qui s’épanouit avec le format orchestre, les cordes et les cuivres. Finley est un très bon chanteur et a une forte présence scénique, il propose un bon show aux intensités et tempos variés mais qui manque à mon avis d’une personnalité musicale plus marquée pour le hisser dans les rangs des plus grands.

J’ai enchaîné dans le hall 8 avec Disiz la Peste et son nouveau projet Disizilla. Il m’a laissé une impression mitigée. Disiz est un bon rappeur, les prods électro sont efficaces (on pense pas mal à Stromae) mais je n’accroche pas aux thèmes des chansons. Une chanson sur deux s’adresse à sa maman et revient sur son enfance douloureuse, l’autre moitié des chansons lui construit un personnage au choix tourmenté, dérangé, fou. Visiblement, le thème de la folie permet à Disiz d’échapper aux grilles sociologiques souvent plaquées sur le rap, il développe ainsi une idée d’étrangeté « je suis d’ailleurs », qui se veut hors des préjugés. Mais, pour moi, ces thèmes et les textes qu’il en tire sont trop typiques de l’adolescence et ne me paraissent plus très intéressants chez un rappeur qui vient quand même d’avoir quarante ans cette année.

[Armand M.]