Lady Bird / Greta Gerwig

Une amie hier me disait avoir aimé un film, sublime et rock’n’roll. Elle était bouleversée. Incrédule, J’ai accepté de le regarder. Le choc !

De quoi faire tomber des certitudes et emprunter des chemins détournés, ceux où l’on explore la liberté d’être, loin des convenances normatives et des injonctions sociétales. Christine « Lady Bird » McPherson vit dans un lycée privé californien strict et sans vitalité. À l’orée de sa majorité, nous la voyons désirer habiter – véritablement- le monde. Elle refuse de ressembler à sa mère, distante, conformiste, morne, autoritaire qui travaille comme infirmière alors que son père, informaticien mélancolique est sans emploi. Elle refuse les relations superficielles. Elle rêve de faire des études d’art, d’avancer un peu –plus-et aimer-vraiment. Ses rencontres sont des invitations à quitter l’étroitesse de sa vie ainsi que les raisonnements binaires de ses proches qui l’étouffent. Son désir de partir, violent, en est une trajectoire audacieuse. Sa désobéissance, une consolation.

L’une des réussites du film tient à l’effet miroir qu’il suscite. Les vies des unes et des autres, adolescentes ou adultes sont aussi les nôtres. La Californie, Sacramento, Paris, Rennes ? Peu importe. Sans jugement moral, ni critiques abrasives, ces personnages nous sont proches. Il se pourrait même que nous nous retrouvions dans ce microcosme pluriel. Comment ne pas être touché.e par cette figure féminine ? Cette anti-héroïne qui refuse de rester à distance de son existence ?

Ce long métrage est bien plus qu’un roman d’apprentissage. D’emblée, il touche par sa sincérité, sa sensibilité. Les émotions nous traversent de manière frontale. Les dialogues sont adroits, élégants, justes. Lorsque la directrice du lycée interroge Christine : « Et si l’amour, c’était l’attention ? », immanquablement, on sait que c’est vrai. Aimer, oui, c’est bien prendre soin des personnes qui nous sont chères. Un sourire, un regard, une lettre, un appel téléphonique, oui aimer, c’est ça. Tout le contraire de l’indifférence. L’amitié ? L’amour ? La passion ? Elle prend tout. Comme pour conjurer le sort et échapper à son destin perclus de saisissement.

Cathartique, ce film ose aussi le pouvoir comique de certaines situations et sonde avec délicatesse notre identité, nos certitudes. Les questionnements existentiels de Lady Bird dans ce récit initiatique laissent entrevoir une personnalité qui va déambuler de l’ombre à la lumière. Il distille une puissance de cicatrisation rare. L’art peut tout. Sauve de tout.

Lady Bird est rayonnante. Sa personnalité punk-rock imprègne le spectateur. Ce récit d’apprentissage s’inspire du passé émotionnel de la réalisatrice elle même. Le charme du film, sa grâce réside aussi dans la puissance avec laquelle nous pouvons nous projeter dans notre passé. Où en sommes-nous aujourd’hui de notre adolescence ? De nos rêves ?

Christine « Lady Bird » me fait incontestablement penser à d’autres femmes, à la singularité de Sarah McCoy, chanteuse et pianiste américaine underground. Combien j’admire ces êtres qui s’émancipent, s’exposent à vivre totalement, libres et s’adonnent à leur art. Le contraire du renoncement.

Un film bouleversant, fort et insolent. Un prélude…

2018

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres

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