A la ligne : Feuillets d’usine / Joseph Ponthus

« Fatras d’amas. Pour qui? Pour quoi? »

La première fois que j’ai entendu parler de Joseph Ponthus ou plus exactement lu une chronique sur son roman (dans Siné Mensuel), je me suis dit « Tiens! Encore un hipster en bleu de travail qui se la joue ouvrier. » Et puis ce tintamarre éditorial et médiatique sur l’ouvrier anarchiste et lettré comme si nous tenions un spécimen rare, antithétique m’a rapidement fait tiquer.

Mais voilà Joseph Ponthus ne fait pas semblant. Après tant d’années d’études, l’homme sait de quoi il retourne quand il évoque la condition ouvrière, les gestes mécaniques et répétitifs, la fatigue physique et psychologique, la folie meurtrière de l’abattage à la chaîne, le doigt coupé que chacun s’affaire à retrouver dans les conglomérats de viande pendant que le blessé tourne de l’œil, l’interminable et quotidienne attente de la pause-déjeuner ou café-clope, « la dimanchite » ou la boule au ventre du dimanche soir,  les petits chefs et les collègues tire au flanc qui influent sur la cadence, l’angoisse du non-renouvellement de son contrat. Égoutteur de tofu, trieur de bulots et aiguilleur intérimaire de carcasses, l’auteur reconnaît aussi la solidarité ouvrière, le courage des hommes et des femmes qui ne se plaignent jamais, la satisfaction du travail accompli qui mérite (trop indécent) salaire.

Écrit sans ponctuation, cet ouvrage sincère, subversif et éprouvant, véritable exutoire à la folie et plaidoyer survivaliste pour l’amour des siens et la culture, se lit à la manière d’un long poème rythmé par le tournement des pages. J’y ai retrouvé la même radicalité que dans le film de Maud Alpi Gorge Cœur Ventre.

Un pamphlet contre la surproduction, l’aliénation et l’abrutissement par le travail nonsensique qui peut aussi faire relativiser par rapport à sa propre condition.

En dédicace à la librairie Le Failler le 26 avril 2019 à 18h.

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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