Shangri-la / Mathieu Bablet

Voyage spectaculaire, cauchemardesque. Entre fiction et réalité potentielle, voire prévisionniste, Mathieu Bablet offre une bande dessinée dense et audacieuse. Par un jeu contrasté entre moments contemplatifs, silencieux et ambiances étouffantes, presque fétides, ce space opera dénonce une société liberticide, fossoyeuse d’espoir mais surtout interroge sur notre manière de consentir, consciemment ou non, à ces régimes. Un ouvrage qui a toute sa place dans l’actualité.

Dans ce vertige des motifs évoqués, Mathieu Bablet alarme, trace des messages, lance des bouteilles à la mer. Assurément et fort heureusement pour nous, le récit, dense, est épuisé à l’aide d’un impressionnant travail sur le dessin et les couleurs, participant de manière prodigieuse à la compréhension narrative. Un au-delà du langage, de l’indicible. Au miroir de l’ambivalence humaine, le jeune auteur élabore, non sans talent, un équilibre entre d’une part des pleines pages contemplatives, lumineuses et épurées aux couleurs azurées et d’autre part, des illustrations aux tons ocres et flammes, bouillonnantes et débordantes de détails. Une tension perpétuelle. Ce très bel bel écrin, au dos toilé, réactualise un héritage d’une littérature dystopique évident par l’abord de thèmes davantage contemporains (l’expérience animale et le spécisme en autres) et sait charmer son lectorat, l’invitant à méditer et enrichir ces causes explorées. Mathieu Bablet façonne un ouvrage touchant de près au documentaire, dont la portée est une critique sociale certes acerbe mais légitime, revendicatrice : faire surgir, par anamorphose, les conséquences certaines de nos actes individualistes, avares. Une belle découverte.

[Céline B.]

Quand le futur et l’imaginaire font écho à nos sociétés contemporaines…
La science fiction n’est pas spécialement mon dada mais cette bande dessinée, assez dense (222 pages) est un soufflet graphique tant elle regorge de détails, de décors, d’intensité et de couleurs.

Après avoir rendu la vie sur terre impossible, les survivants, humains et animoïdes (animaux doués de conscience et parole mais asservis par les hommes), se réfugient sur une station orbitale où ils vouent un culte à l’hyperconsommation dogmatique et au capitalisme outrancier.

Voir l’interview de l’auteur sur le site Bodoï.
[Stéphane L.]
Ankama, 2016.

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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