Nuits Appalaches / Chris Offutt

Conteur hors-pair, Chris Offutt livre une archéologie de destins où la contamination infortune se mêle à une résilience jamais tarie. Le constat social d’une époque au cœur d’une Amérique du Nord rurale, dont le venin souillé semble inextirpable.

L’auteur offre un très beau contrepoint au roman noir alors transmué sans morale ou leçon mais à l’aide d’une économie narrative et d’une pudeur distillée. Notons que l’auteur ne bascule pas dans le sentimentalisme mais propose une histoire que la fatalité gouverne dans une prodigieuse capacité, sous-cape, à toucher à l’intime. Nuits Appalaches est alors un roman habile à détailler les rugosités d’une vie dans une nature sauvage mais salutaire.

Plus de vingt ans après la publication de son premier roman intitulé Le bon frère, Chris Offutt, dont la prose ne s’égare jamais, flirte avec l’épure du précipice au moyen de réflexions patientes sur les comportements humains, leurs motivations et leurs conséquences. Une fresque dépaysante, le portrait d’une communauté cabossée où les itinéraires aléatoires poussent l’affrontement des existences. La bravoure des un·e·s n’a rien à envier de la détermination, parfois imprudente, des autres. En somme, le·a lecteur·rice devine un univers olfactif saisissant, polyphonique car sert à la fois de souvenirs, de refuge et découvre un très beau et captivant roman pour son cœur et toute sa subtilité.

Un avant-goût olfactif ?

Le monde lui parut beau pour la première fois, l’air nettoyé par la pluie, la surface de chaque feuille lustrée d’eau. Elle sentait l’odeur de la terre mouillée et des fleurs sauvages, entendait l’assemblée des oiseaux tisser son chant partout aux alentours.

Gallmeister, 2019.

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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