Là où chantent les écrevisses / Delia Owens

Esseulements presque clandestins qui chatouillent les souffrances de l’amour et le deuil des présences, Delia Owens recueille, au moyen d’une prose prudente, les suspensions et errances intimes soufflant sur les brûlures d’une vie.

Le roman d’une construction. Celui d’un rapport à la résignation et la résilience, quasi sidérante, et le dévoilement d’une société fragile, cruelle envers celleux qu’elle refoule, la trahison comme hymne ordinaire. La langue, à l’apparente simplicité, semble nous inviter à délaisser l’histoire racontée pour éventer un foyer naturaliste, tellurique et percevoir les grincements entre le collectif et l’intime, dans une perspective tant s’en faut contemplative. Un récit qui évite l’écueil de la gratuité sans se faire dénonciateur. Cette ode à la solitude, pourtant percutée par les fantômes éternels, se déroule au rythme des saisons et de tout ce qu’elles réservent comme gestes, des rituels dont l’autrice cisèle les réflexes et les mots avant sans se confondre dans le pathos.

La menace constante d’un extérieur humain et le refuge de la nature comme enveloppe protectrice, celle d’une mère retrouvée. La conscience flottante du marais, quasi personnifié, dissimule alors les mensonges jusqu’à la fin, au-delà de la mort, au creux de l’immuable. La majuscule nature contre le minuscule humain, en somme.

Ne repartez pas sans ces quelques mots, à faire glisser sous la langue...

Si quelqu’un devait jamais comprendre sa solitude, c’était bien la lune.
Retournant vers le cycle immuable de la vie des têtards et le ballet des lucioles, Kya s’enfonça plus profondément encore dans un monde sauvage où les mots n’avaient pas cours. La nature semblait le seul galet qui ne se dérobait plus sous ses pas quand elle traversait un ruisseau.

Seuil, 2020.

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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