209 rue Saint-Maur / Ruth Zylberman

« Les immeubles de Paris sont un peuple vivant ». Poussez la porte cochère, entrez dans la cour, levez les yeux. Ruth Zylberman vous guide dans le dédale des cages d’escaliers et des centaines de vies qui se sont succédées sous ce carré de ciel.

Cette enquête bouleversante est le fruit de cinq années de recherches. La documentariste et écrivaine cherchait depuis longtemps un immeuble parisien « à raconter ». C’est finalement un peu par hasard qu’elle franchit cette porte bleue entrouverte, un jour d’octobre. En refermant le livre, on se dit qu’il n’y a pas de hasard. L’histoire des habitants retrouvés et de ceux qui ne sont jamais revenus, ces enfants, ces femmes et ces hommes, les disparus et les vivants, dont elle trouve trace des années 1850 à nos jours, entre en résonance avec son histoire personnelle. Sans compter de belles surprises et coïncidences durant l’enquête. Il y a ceux qu’elle retrouve au bout du monde et ceux qui resteront à jamais un mystère. Avec « ceux du 209 » on traverse le Paris des petites gens, celui des barricades, celui des immigrés, celui des attentats, les témoignages bien souvent viennent déconstruire toute vision manichéenne de l’Histoire.

Déployant archives et plans anciens, remontant jusqu’au XVIIème siècle mais s’arrêtant tout particulièrement aux heures les plus terribles du XXème, Ruth Zylberman redonne couleur et vie au passé, celui de la pierre comme celui de la chair. C’est puissant et étourdissant. Le récit, étayé de réflexions personnelles, est bouleversant, avec beaucoup de pudeur et de questionnement sur la légitimité de sa démarche: de quel droit réveiller tant de douleurs chez ceux qui n’ont pu survivre qu’en enfouissant le 209 rue Saint-Maur au plus profond de leur mémoire?

On reste sans voix à l’issue de cette exploration historique, architecturale, sociale et surtout, avant tout, humaine. Comme dans l’immeuble aux quatre cages d’escaliers et multiples couloirs, on peut s’y perdre, et peu importe. Dans cette cour aux façades désormais blanches et propres agrémentée de verdure, demeurent les pavés d’origine, témoins muets déformés sous ces milliers de pas dont Ruth Zylberman a donné corps, comme le « fantasme -au coeur de ce récit- d’un lien protecteur, fraternel, qui existerait entre les vivants, ceux qui les ont précédé et ceux qui les suivront ».

Seuil et arte éditions, 2020

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