Croire aux fauves / Nastassja Martin

Palpitante leçon d’un instant de survie face à un ours au Kamtchatka (Russie), rédigée à la Artaud.

Le récit morcèle les différentes phases de l’attaque, en août 2015, qui suivent le roulis de l’âme de l’anthropologue ; il se concentre sur l’après-coup de l’affrontement, sur le sentiment qu’a l’auteur de porter en elle et pour toujours la trace de l’ours. Sans aller jusqu’à se croire devenue à moitié ours – ce que pensent quelques indigènes autour d’elle – elle est certaine d’avoir partagé avec le fauve, un vertige, un instant d’intelligence et de vérité qui les lie l’un à l’autre. Le contact intime avec l’animal révéré qu’est l’ours fait d’elle désormais une miedka, un être passé sans retour au-delà des frontières de la normalité humaine, qui vit entre les mondes de l’animisme et du chamanisme. La région appartient à la terre millénaire des Evènes – que la fin de la protection sociale soviétique a fait revenir à des chasses de subsistance, en alternance saisonnière avec des emplois au service de l’armée russe ; au sein de bases secrètes sont testés quelques-uns des engins susceptibles d’attaquer les côtes américaines, sur l’autre rive du détroit de Béring.

Haletante narration d’une quête de guérison physique, mentale, ontologique, nourrie d’introspection, qui repositionne l’anthropologie non comme une science de l’autre mais comme une philosophie d’un genre humain qui court au désastre.

Verticales, 2019

A retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres

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