Le goût du baiser / Camille Emmanuelle

Roman prolifique, dense par l’abord de multiples sujets primordiaux. L’exploration intime d’un rapport à son corps, à l’autre. Une altérité toujours ambiguë, presqu’antagonique. Ici, le handicap est envisagé comme une porte d’accès : l’effleurement thématique du harcèlement, la culture du viol, le racisme, l’homophobie, les troubles du comportement alimentaire, la vie affective et sexuelle des personnes en situation d’invalidité -partielle ou totale- est lumineux sans tomber dans la grandiloquence, grand bien nous fasse.

L’autrice, journaliste et essayiste, dévoile des personnages sensibles, tantôt drôles, tantôt agaçant.es plus ou moins averti.es aux questions de féminisme et de sexualité féminine. La perte progressive du sujet. Comment désirer, soi-même et l’autre, lorsqu’on se sent incomplèt.e et/ou subit un handicap invisible ? L’épreuve d’une reconstruction au nom de la résilience, l’appréhension atypique de son être, la reconquête d’un corps dans une société phallocentrée.

Malgré quelques clichés narratifs très vite pardonnés, saluons l’entreprise de L’Ardeur, nouvelle collection de la maison d’édition Thierry Magnier dont l’ambition est de défendre et percer une littérature érotique, corporelle à destination des adolescent.es et qui offrent, de surcroit, de très beaux écrins. Une nécessité trop souvent oubliée, indispensable pour les jeunes hommes et femmes dont les corps se métamorphosent de manière fulgurante. Le vœu d’une authenticité touchante, honorable.

Quelques mots à goûter…

Physiquement, j’ai besoin de taper contre quelque chose ou contre quelqu’un . J’ai besoin de sentir mon corps. Mon corps devenu en partie insensible, anesthésié. Mon corps confisqué, et moqué par Antoine.

Thierry Magnier, 2019.

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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