Pardon / Eve Ensler

Récit incroyablement bouleversant et d’une intensité rare, voici l’histoire d’une enfance ravagée, d’un corps démoli jusqu’à l’absolue douleur. L’autrice, réputée pour son engagement féministe, revient avec une sincérité éclatante et une brutalité justifiée sur les sévices commis par son père durant des années et duquel elle n’obtiendra jamais d’excuses.

Eve Ensler compose courageusement une autofiction à travers laquelle elle imagine les mots espérés, les raisons et les regrets des abus physiques, moraux et sexuels qui ont jalonné son enfance et son adolescence. C’est un texte fracassant, un sermon de cent trente-sept pages qui ne laisse place à aucun souffle, sinon celui de l’horreur qui brise le silence. Pour autant, il règne dans ces lignes une grande sensibilité, la voix d’une femme rompue mais déterminée par sa liberté et le désir de, sinon justifier, comprendre l’origine du mal et des mécanismes de prédation de son père puis des hommes en général.

Cette lettre fantasmée n’est pas un affront, c’est un acte de bravoure, une alternative à la colère qui étouffe, à la honte qui ruine. C’est un pamphlet salvateur pour l’autrice et pour toutes les femmes qui n’ont et n’obtiendront jamais de pardon. L’écriture est alors son champ d’action, le moyen de prendre le contrôle sur la domination et de panser les plaies. C’est magistral et indispensable.


Tu as failli te tuer à force de boire, te mettant constamment en danger, rêvant en secret que quelqu’un t’élimine, fasse cesser la douleur, la malédiction. Et j’ai regardé le spectacle sans rien faire pour l’empêcher.

 

2020 – Denoël

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs Libres.

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