Un jour ce sera vide/ Hugo Lindenberg

*Découverte rentrée littéraire 2020 – premier roman*

Un très beau et singulier premier roman, très sensible. C’est une histoire d’enfance et d’ennui, mais d’une enfance étrangère à l’insouciance, et d’un ennui sur lequel pèsent fantômes et non-dits. C’est une histoire d’amitié de plage, mais d’une amitié de plage plus que précieuse.

Le narrateur a dix ans et vient de se faire le premier ami de sa vie. Il occupait son été en Normandie en observant les « vraies familles » sur le sable, ou à défaut les fourmis, ou à défaut, rien. Lorsqu’il se lie avec Baptiste, « vrai garçon » à la confortable vie de famille, à la mère merveilleuse et à la belle demeure bourgeoise, son admiration est sans borne. Sa honte aussi. Pour sa grand-mère qui roule les « r » et leur offre du foie hâché à l’ail, sa tante folle marginale, sa mère « morte exprès », pour toutes les différences qui séparent les vrais français comme il faut de sa famille juive polonaise abîmée.

Dans l’été qui s’étire se révèle à lui toute la tension entre le monde solaire de la surface, celui de la plage, et le monde enfoui de sa famille, empli de choses qui ne disent pas leur nom. Un chapitre s’intitule Les mondes engloutis en référence à ce dessin animé des années 80 dans lequel les adultes refusent le passé et où des enfants partent à la recherche de leur histoire. « Le cinéma a sauvé mon enfance (…) Nathalie Sarraute a changé ma vie », a confessé Hugo Lindenberg en interview. En partie autobiographique, ponctué d’images fortes, ce premier roman nourri des films Baisers volés et Au revoir les enfants est porté par un style pur et ciselé.

Christian Bourgeois éditeur, 2020

A retrouver très bientôt dans nos bibliothèques!