Wilder girls / Rory Power

Vous reprendrez bien une petite histoire de virus ?

Vous allez me dire, ce n’est peut-être pas le meilleur moment pour lire ce roman. Mais pourquoi ne pas éradiquer le mal par un autre mal ? Point d’écouvillon dans le nez ni de masque FFP2 pour ce virus; celui-ci, appelé la Tox, transforme ses hôtes au point de prendre un œil par-ci, une main par-là: il semble transformer la nature même de l’être. Personne n’est épargné, pas même les animaux de l’île, et les adultes sont les premiers à être touchés. La quarantaine imposée par l’armée a de quoi nous faire passer pour des petits joueurs… Manquant de nourriture, de médicaments et de plein d’autres choses, seule l’attente d’un vaccin motive les jeunes filles du pensionnat à survivre et espérer. De maigres rations leur sont envoyées par l’armée, qu’elles doivent aller se chercher l’arme à la main afin de survivre aux quelques kilomètres qui les séparent de l’embarcadère. Bonjour l’ambiance ! Les trois héroïnes de ce roman, Hetty, Byatt et Reese ont des caractères bien trempés et chacune un trouble à l’âme. Elles se serrent les coudes, n’hésitent pas à contourner les règles strictes pour s’entre-aider, mais perdent leurs dernières illusions de jeunesse au profit de la survie.

C’est comme ça pour nous toutes ici : morbide, monstrueux, et personne ne sait pourquoi. Des trucs qui nous sortent de partout, des bouts qui manquent, d’autres qui tombent, et puis on se blinde, on fait avec. Dure dedans, lisse dehors.

Si l’histoire rappelle incontestablement « Sa Majesté des Mouches », j’y trouve également un petit côté « Battle Royale » entre filles. Le ton est direct, la tendresse rare, c’est un récit parfois aux limites de l’horreur qui ravira les lecteurs en recherche d’émotions fortes.

2020