Les graciées / Kiran Millwood Hargrave

Roman historique immergé dans la Norvège rude et glaciale du 17ème siècle…quand des événements tragiques offrent un potentiel romanesque prodigieux : Kiran Millwood Hargrave, jeune autrice âgée de 30 ans, s’empare à merveille de faits historiques dramatiques pour dessiner une fiction sensorielle, intelligente et engagée.

C’est dans l’horreur du massacre de femmes innocentes, accusées à tort de sorcellerie au nom d’un Dieu omniscient, que nous sommes transporté·es sur l’île de Vardø entre 1617 et 1620. Nous suivons les habitantes de cette île, quasiment dépourvue d’hommes alors emportés par une terrible tempête survenue en décembre 1617, plus particulièrement Miren, femme impénétrable et morose qui rencontrera Ursa tout juste débarquée sur l’île aux côtés de son époux, représentant d’une chrétienté absolue et répressive. Par l’insidieuse montée de l’effroi, nous découvrons une plume visuelle et captivante qui dépeint l’histoire de femmes indépendantes s’efforçant de survivre mais dont l’émancipation paraît suspecte et impure aux yeux de l’autorité religieuse et masculine.

L’autrice fait la description sensible et précise d’une rupture entre femmes, traditions animistes Samis et hommes despotiques qui imposent un dogme religieux unique bannissant ces rites ancestraux introduits soi-disant par le Diable. Sous des allures d’un roman âpre, Kiran Millwood Hargrave inquiète, informe mais surtout passionne son lectorat grâce à une exigence documentaire historique qui pourtant sonne comme un écho désagréable avec notre société. Au fond, ce récit est une réflexion sur le basculement préoccupant vers une ferveur religieuse proche du fanatisme, la soumission des femmes et l’intolérance des hommes. Enfin, la vigilance constante et la sororité indispensable, qui oscille toujours entre désir de préservation et émancipation individuelle et la crainte du glissement dangereux vers une dévotion exclusive jusqu’à la perte de son identité, son corps.


Sur le port, le pasteur trépigne, se réchauffe les mains en soufflant dessus. Maren ressent une certaine satisfaction à le voir ainsi frissonner, lui qui leur assène toujours que l’amour de Dieu est la seule chaleur dont elles ont besoin.


2020 – Robert Laffont

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