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Article mis à jour le 20 janvier 2021.

Le départ (en catimini) de Donald Trump de la maison blanche signe la dernière publication de l’excellente revue America. Biden réussira t-il a concilier une Amérique plus que jamais fracturée ?

8 novembre 2016 : coup de théâtre mondial sur l’échiquier politique international. Le richissime homme d’affaires Donald Trump emportait l’élection présidentielle américaine.  4 novembre 2020, le bilan de Donald est là : situation économique contrastée (il a surfé sur l’impulsion économique amorcée par l’administration Obama mais il a aussi lancé des réformes qui ont accéléré l’expansion du pays souvent au détriment des plus pauvres), mauvaise gestion de l’épidémie de coronavirus à coup d’injection de javel et d’absorption de chloroquine, manifestations d’ampleur du mouvement Black Lives Matter, la neutralité carbone mise sous le paillasson… Et pourtant, malgré ces constats et comme en 2016, rien n’était joué d’avance. Le monde se demandait même si Trump laisserait pacifiquement le pouvoir à son concurrent en cas de défaite. Tout le paradoxe de l’Amérique.

Pourtant depuis son élection, les villes, les états, les entreprises n’ont jamais pris autant d’engagements pour le climat, les maires et les gouverneurs n’ont jamais accueilli autant de migrants, les mouvements féministes, antimilitaristes, pour les droits civiques n’ont jamais autant recruté, les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses à se présenter aux élections. Trump, par ses outrances, cristallise les mécontentements d’une partie de l’Amérique qui se ligue contre lui et entre en résistance.

Le Magazine

America et Trump : Stop ou encore ? La revue America relevait d’un concept original : elle durerait le temps du mandat présidentiel, c’est à dire 4 numéros par an pendant 4 ans (ou 8 si Trump était réélu). L’Amérique comme vous ne l’avez lue, annonce le titre chapeau, à travers le regard des plus grands auteurs français et américains.

La saison 7 de la série American Horror Story: « Cult », plus politique que les précédentes, dressait le portrait d’une Amérique névrosée et divisée (l’épisode 7, le meilleur de la saison, revient sur la tentative d’assassinat d’Andy Warhol par Valerie Solanas et analyse la division entre les genres instrumentalisée par les hommes et les femmes avides de pouvoir), avec comme thématique abordée la peur comme moyen de contrôler les citoyens. Ally est atteinte d’un syndrome post-traumatique et se révèle phobique des clowns. Elle fait alors une crise de panique le soir de la victoire de Donald Trump. Il fallait y penser!!!

« Une nuit d’horreur, pour beaucoup d’Américains » déclare Ryan Murphy, un des créateurs de la série plus fine qu’elle n’en paraît.

La série foutraque, cynique et géniale Atlanta d’un autre Donald,  Glover celui-là, aka Childish Gambino, qui navigue entre la comédie et l’étrangeté, raconte le lien qui unit la scène hip hop à la communauté noire de la ville d’Atlanta comme le faisait David Simon avec Treme pour la scène jazz de la Nouvelle Orléans. Elle n’est malheureusement pas encore disponible en dvd mais nous veillons au grain.
Lorsqu’il revêt son costume de rappeur, le créateur de la série livre alors le diagnostic d’une Amérique schizophrène et dénonce le traitement sociétal des noirs et la course effrénée à l’armement dans un clip sidérant : This is America.

« We blew it » littéralement « On a tout foutu en l’air » déclare Peter Fonda à Dennis Hooper dans un éclair de lucidité désespérée dans la scène finale de Easy rider. Dans son road movie documentaire We blew it tourné en cinémascope, Jean-Baptiste Thoret revient sur les faits marquants de l’histoire récente jusqu’à l’accession de Trump au pouvoir (la vague hippie, l’assassinat de J.F.K., le festival de Woodstock, la guerre froide, le 11 septembre…). Il traverse avec langueur les Etats-Unis de la Californie au New Jersey en partant à la rencontre de grands réalisateurs de la contre-culture (Tobe Hooper, Paul Schrader, Michael Mann…) et d’illustres inconnus. Il dresse le portrait mélancolique, à travers une magnifique photographie et une bande son adéquate (Dylan, Springsteen, Taylor, Creedence Cleerwater Revival, Jefferson Airplane…), d’une Amérique désenchantée qui a perdu ses illusions et qui est revenue du rêve hippie un peu à l’image de la bande dessinée d’Eric Cartier, Route 78, qui retrace un épisode de la jeunesse du dessinateur : un voyage en 1978 à travers les Etats-Unis.

Même constat dans le documentaire America de Claus Drexel. Nous sommes ici plongés au cœur de l’Arizona à la rencontre des habitants d’une petite ville traversée par la Route 66, les héritiers cabossés du rêve américain qui nous livrent leurs espoirs et leurs craintes, leurs opinions sur le port d’armes, la peine de mort, les candidats Trump et Clinton… On hésite entre le rire ou les larmes lorsqu’un couple présente son bébé à la caméra et annonce fièrement qu’il sera armé dès sa maturité c’est à dire à l’âge de cinq ans. Le cliché est réalité.

Les familles de chrétiens intégristes filmées dans le documentaire édifiant sorti en 2007 Jesus camp de Heidi Ewing et Rachel Grady influencent la vie culturelle et politique américaine. Les enfants attendent le retour du Messie et reçoivent la parole divine comme possédés par l’esprit de Jesus. L’Orient n’a pas le monopole du fanatisme.

L’Amérique des grands espaces à la fois fascinante et monstrueuse, l’éternel eldorado, le self made man, la réussite sociale incarnée faussement par le président milliardaire dès sa petite enfance comme le révélait le New York Times en octobre dernier, la nostalgie de la route 66, ses villes mythiques… Les Etats-Unis d’Amérique reflètent parfois un fantasme, une folle aventure, une utopie, un désir de vivre autrement comme le décrit l’ex leader des Talking Heads, David Byrne dans son dernier album American utopia. La réalité des bas-fond semble toute autre et la face obscure de l’Amérique de Trump comme celle d’Obama, demeure avant tout celle des rednecks, des laissés pour compte, des drogués, des milices armées et racistes dépeintes dans le documentaire The other side de Roberto Minnervini. Ferruccio Spinetti (basse) et Giovanni Ceccarelli (piano) ont repris plusieurs thèmes et pas les plus connus du maestro Ennio Morricone. Le défi est relevé avec une grande classe par les deux jazzmen italiens. Ecoutez ci-dessus la reprise de Poverty, thème issu du classique Once upon a time in America.

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