Homo Sapienne / Niviaq Korneliussen

Par de puissantes et vives introspections, presque l’impression de multiples intrusions, l’ouvrage concède un espace nouveau, la possibilité de pénétrer un pays en dehors de ses clichés occidentaux à demi exagérés, ces interminables paysages glacés, désertiques où ne vivent qu’inuits lovés dans de petits iglous. Ancienne colonie danoise, le Groenland se trouve au carrefour entre diverses cultures, langues et communautés qui acclament la solidarité mais qui font aussi face à des incompréhensions, des certitudes cristallisant une quête identitaire frénétique, à la fois intime et collective.

Aux confins de l’auto-critique, l’autrice Niviaq Korneliussen compose la voix de cinq vies bouleversées, sensibles et plus que tout, d’une rare authenticité : elle fait de ce roman remarquable, atypique et pluriel, un vaste terrain de jeu littéraire au sein duquel différents niveaux d’écriture se télescopent et qui sans nul doute apportent une proximité supplémentaire entre les personnages et le·e lecteur·rice. Au coeur d’échanges épistolaires, de SMS en passant par le journal intime et un registre plus classique, le·a lecteur·rice, d’un même pas avec les personnages, des motifs universels : l’éternelle et profonde recherche d’un soi, de ses origines mais surtout la confusion et la (re)découverte sexuelle de chacun·e.

C’est par l’appréhension d’une plume surprenante, vive et brute que nous plongeons alors dans une impétueuse modernité, le dévoilement des communautés LGBTQIA+ qui essoufflent un système dyadique normé, post-colonialiste et entrent en rupture avec les modèles dominants : comme une résonance avec nos attentes actuelles et nos angoisses sublimées. Au fond, ce roman inventif et subversif interroge l’émancipation d’un intime, l’affirmation d’une histoire collective réparée, enfin, l’hymne brûlant d’une génération.


Trouve toi un foyer, si tu as la nostalgie d’un chez-toi.
N’abandonne pas , si tu ne trouves pas de chemin.
Regarde-toi dans le miroir, si tu es sur le point d’abandonner.
Trouve-toi toi même, quand tu te regardes dans le miroir.
Tu trouveras ton foyer quand tu te trouveras toi-même ; et alors, rentre chez toi.


2017 – La Peuplade

À retrouver sur le pôle 4 de la Bibliothèque des Champs Libres

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Céline.