Seule en sa demeure / Cécile Coulon

Entremêlant tour à tour les codes du roman historique classique et du roman gothique, du conte et du roman d’apprentissage, de l’enquête et du huis clos oppressant, le nouveau roman de Cécile Coulon est une pépite.

En ce milieu XIXème au cœur du Jura, difficile de choisir son destin lorsqu’on est une jeune fille de 18 ans… Ainsi Aimée épousera-t-elle Candre Marchère, riche et pieux propriétaire d’un domaine forestier, conformément au souhait de son père. La jeune épouse découvre sa nouvelle demeure isolée en plein bois et ses occupants taiseux: son époux, tantôt frêle et prévenant, tantôt puissant et inquiétant, Henria la servante omniprésente, qui a élevé Candre alors orphelin, et Angelin, le fils d’Henria, muet et fuyant, désormais homme à tout faire du domaine. Enfin, Aleth, la première épouse disparue, dont le souvenir reste incrusté dans les murs et les esprits. La pesanteur des lieux est extrême. L’arrivée d’Emeline, la professeur de flûte traversière engagée par Candre pour distraire Aimée, sera l’étincelle qui fera exploser ce cadre oppressant. Un à un se lèveront les secrets de cet « endroit maudit »…mais en suivant quel chemin, et à quel prix!

Le lieu dit de la Forêt d’Or est un personnage à part entière sans doute inspiré par l’immense forêt de Chaux jurassienne (la 2ème de France) dont on dit qu’on peut encore s’y perdre. L’endroit semble prendre vie au fil du texte, s’animer selon les événements, les émotions d’Aimée, ou se taire. La tension extrême est à la hauteur d’une fin puissante, où l’acte de fermer la dernière page fait sens jusque dans le texte. L’écriture ciselée est d’une admirable justesse, sachant finement décortiquer les âmes autant que dépeindre une atmosphère, donner vie à un décor, une époque… C’est que le récit résonne de multiples références, du roman noir « à sensations » victorien (on pense à Wilkie Collins) au huis clos savamment orchestré (on pense à Daphné du Maurier), le tout baignant dans sa propre lumière, celle d’une autrice magicienne nous émerveillant une fois de plus de sa voix singulière.

L’Iconoclaste, 2021

A retrouver (entre autres) dans les Bibliothèques de Rennes.

Vous êtes abonné-e dans une autre bibliothèque de la Métropole?
Consultez son catalogue