Top musical 2022

Une sélection des coups de cœur musicaux des bibliothécaires des Champs Libres pour le traditionnel top de l’année écoulée :

North east coastal town / LIFE, Afghan Moon.

Le groupe sort son très attendu troisième album et dévoile par la même occasion un nouveau single qui ne laissera pas les fans de Idles ou Fontaines D.C. indifférents…

Breaking the thermometer / Leyla McCalla, Anti-

Leyla McCalla (multi-instrumentiste bilingue et ancienne membre du groupe afroaméricain Carolina Chocolate Drops) trouve son inspiration dans son passé et son présent. Qu’il s’agisse de son héritage haïtien ou de sa ville d’adoption, la Nouvelle-Orléans, elle a réussi à produire un son distinctif qui reflète l’union de ses racines et de son expérience. Leyla McCalla a produit une oeuvre multidisciplinaire de musique, de danse et de théâtre, Breaking the Thermometer, qui suit son parcours personnel alors qu’elle découvre l’histoire de Radio Haïti, la première station de radio de l’ïle à diffuser des informations en créole haïtien. Par cette juxtaposition de voix (personnelles et politiques, anecdotiques et journalistiques), McCalla exprime l’esprit durable des pauvres marginalisés d’Haïti face à plusieurs siècles d’oppression politique. Il lui a fallu écouter d’innombrables enregistrements d’archives d’interviews réalisées par les journalistes de Radio Haïti.

The highest in the land / The Jazz Butcher, Tapete records.

Moments chargés d’histoire sur un disque dont les chansons ont été écrites au cours des 7 dernières années de la vie de Pat Fish avant son décès prématuré en octobre 2021, à l’âge de 63 ans. Ces dernières années ont vu une ré-appréciation du catalogue de The Jazz Butcher, remontant jusqu’à cette étonnante édition de 11 albums des 13 premières années de leur carrière, maintenant célébrée et compilée dans une série de coffrets après des décennies de négligence.

(en vinyle)

Mr Morale & the Big Steppers / Kendrick Lamar, Interscope Records.

Considéré comme l’un des artistes les plus influents du moment, Kendrick Lamar est de retour avec Mr. Morale & The Big Steppers, 5 ans après le légendaire Damn. De K Dot à King Kendrick en passant par Kung Fu Kenny et maintenant OKlama, Kendrick Lamar s’est hissé en haut des classements pour finalement décrocher la couronne de roi du hip-hop. En effet, sa capacité à se renouveler à chaque album a fait de lui un virtuose incontesté. A ce jour, aucun autre artiste, tout genre confondu, n’a été en mesure de rivaliser avec les prouesses techniques et lyriques ou même avec la fine oreille de l’artiste.

Where I’m meant to be / Ezra Collective, Partisan Records.

Where I’m Meant To Be est une célébration bruyante de la vie, une élévation affirmative du son hybride sinueux et du caractère collectif raffiné d’Ezra Collective. La pochette de l’album fait référence à Underground de Thelonious Monk, et les chansons associent une confiance froide à une énergie brillante. L’album, qui comprend des invités avec Sampa The Great, Kojey Radical, Emile Sande et Nao, associe jazz et sonorités afrobeat.

Anywhere but here / Sorry, Domino Recording.

Formé par Asha Lorenz et Louis O’Bryen, Sorry est une figure de la scène florissante londonienne qui a su créer son propre univers musical, inspiré de sa passion pour les sons lo-fi du grunge, de la trap et du shoegaze, tout en fédérant un large public. Son premier album 925, publié en mars 2020, a été encensé par les médias français et internationaux. Le groupe se fait remarquer par Metronomy qui les a invités sur l’un de ses singles. Co-produit par Adrian Utley de Portishead, Anywhere But Here rend hommage aux auteurs compositeurs des années 70, tels que Carly Simon et Randy Newman. La voix de Lorenz contraste avec les sons des guitares, qui rappellent Slint ou Tortoise, et les rythmes irréguliers, comme ceux de Kanye West ou Capital Steez.

Excess / Automatic, Stones Throw Records.

Ce deuxième album distille les thèmes des excès des entreprises des années 70 et 80, de la science-fiction dystopique et du changement climatique dans 10 nouvelles chansons. Les atmosphères glacées et industrielles de Signal, leur premier long format, restent, mais Excess voit le groupe élargir son champ d’action, en ajoutant des ambiances pop entrainantes dans leur son. Le résultat est un Automatic plus serré et plus percutant : une musique dansante pour la fin des temps.

Stup forever / Stupeflip, Dragon Accel.

C’est les muscles bandés sous son masque que Stupeflip revient aux affaires. L’évidence est encore une fois portée par King-Ju (a.k.a Julien Barthélémy), debout sur ce qu’il reste d’une France et d’un monde en quenouilles : le Stup ne mourra jamais. Stup forever, c’est d’ailleurs le titre de ce cinquième album qui vient rappeler la puissance millénaire de ce projet porté, fièrement et les yeux rouges depuis 2000, par un homme dont on ne soulignera jamais assez à quel point il est une exception, au sens propre du terme. Pas loin d’être l’un de ses plus intéressants, il y a sur ce dernier album tout ce qui a fait le sel du Stup, dans le désordre : la détermination, la mélodie, la gouaille, l’humour, des beats en merisiers, un univers onirique.

Diva of deva loka / Kadef Abgi, Akuphone.

Voici un disque enregistré d’une traite, sans filet, sans réflexion préalable, et sans retenue, laissant libre cours à l’imagination et à l’improvisation… Il évoque les paysages pakistanais du qawwali et puise ses racines dans l’expérience sonore de chaque musicien : cela inclut la musique arabe -notamment la gnawamarocaine -ainsi que le rock ‘n’ roll, le jazz et l’avant-garde. L’imagination d’un seul compositeur n’aurait pas permis de produire Diva Of Deva Loka, car il s’agit d’une musique créée à partir d’une conscience collective composée de Devin Brahja Waldman, Ziad Qoulaii, Anas Jellouf, Hamza Lahmadi, Anas Hejam, Vicky Mettler et le guitariste Sam Shalabi (Shalabi Effect, The Dwarfs Of East Agouza, Karkhana, Land Of Kush…).

Weather alive / Beth Orton, Partisan Records.

Weather Alive est le premier album de Beth Orton depuis plus de six ans. Il est né d’une collection de souvenirs et d’expériences couvrant toute une vie : des histoires qui se penchent sur un courant de conscience, et qui dépeignent la lutte, la guérison et la beauté. Pour la première fois de sa carrière, Beth a enregistré et produit l’intégralité de l’album depuis son home studio à Londres. Weather Alive accueille un supergroupe de collaborateurs, dont Tom Skinner de The Smile, le poète de jazz Alabaster dePlume, le multi-instrumentiste Shahzad Ismaily et Tom Herbert, nominé au Mercury Prize. L’année 2022 sera véritablement l’année de Beth Orton. Beth a non seulement un nouvel album, mais elle réédite également les éditions du 20e anniversaire de ses premiers albums : Central Reservation et Trailer Park qui n’ont jamais cessé de m’accompagner depuis leurs sorties.

Midnight rocker / Horace Andy, On-U Sound Records.

On-U Sound est très fier de présenter ces 11 titres de l’un des plus grands auteurs-compositeurs-interprètes de tous les temps dans la riche histoire de la musique jamaïcaine, Horace Andy. Adrian Sherwood a passé beaucoup de temps à réaliser son rêve de faire un album avec le légendaire chanteur jamaïcain adoré par les fans de reggae du monde entier pour ses titres classiques des années 70 et 80 et bénéficiant d’un véritable attrait pour les temps modernes grâce à ses fréquentes contributions à Massive Attack. Cette sortie comprend des classiques revisitées d’Horace Andy comme Mr. Bassie, mais la plupart des morceaux sont de toutes nouvelles compositions. Le backing band est composé de la crème des musiciens d’On-U Sound, avec des contributions de Gaudi, Skip McDonald, George Oban, Crucial Tony, les Ital Hornset le regretté Style Scott.

Ytilaer / Bill Callahan, Drag City Record.

Du splendide au perturbant, l’explorateur intrépide Bill Callahan se fraye un chemin à travers toutes sortes de territoires, opposant les rêves des rêves aux rêves de la réalité. Comme le personnage qu’il a joué dans Gold Record (2020), il écrit des histoires sur d’autres personnes, raconte des blagues sur tout le monde et, en les chantant, il devient les chansons. Bill a un son de groupe complet sur ce disque, avec lui et Matt Kinsey aux guitares, Emmett Kelly à la basse et aux choeurs, Sarah Ann Phillips à l’orgue B3, au piano et aux choeurs et Jim White à la batterie. Jim et Matt chantent également sur un titre, et d’autres chanteurs interviennent à côté. Bill joue un peu de synthé ici et là, et Carl Smith entre et sort du tableau avec sa clarinette alto, tout comme Mike St. Clair et Derek Phelps aux cuivres. Entre les deux, on croit entendre le son lointain d’une guitare steel. Bill poursuit son voyage, creusant un tunnel sous l’extérieur usé du paraître et dans les nuances qui prennent vie dans l’obscurité.

Topical dancer / Charlotte Adigéry & Boris Pupul, Because Music.

Charlotte Adigéry, chanteuse belge d’origine caribéenne, et son collaborateur musical, Bolis Pupul, présentent leur 1er album. Dans ce kaléidoscope musical electro-pop, ils mettent à l’honneur des thèmes engagés tels que le racisme et la mysoginie, la ré-appropriation culturelle, le nombrilisme des réseaux sociaux…

Ad astra / Maud Geffray, Pan European Recording.

En 2017, avec la sortie de son premier album Polaar, Maud Geffray – moitié du duo Scratch Massive – faisait un pas de côté en solo imposant son univers fascinant et flottant, mélancolique et élégiaque. Commencé, composé et achevé au cours des deux dernières années, et produit en binôme avec le jeune producteur prodige Krampf, Ad astra s’inscrit dans la continuité de Polaar dont il constitue la suite logique. Cet album est plus pop, lumineux, solaire, et ouvert sur le monde. Avec ses rythmiques dansantes, ses nappes de synthés érigées en cathédrales, ses voix pitchées mises en avant, ses clins d’oeil à la dance des 90’s, Ad Astra s’impose comme un disque d’électro décomplexée.

Dungeon master / Gus Englehorn, Secret City Records.

Il s’agit assurément du disque de rock’n’roll le plus barré et étrange que vous entendrez cette année. Cet album est une « œuvre marginale illuminée par un esprit dada – un mariage ludique entre l’isolation, l’aliénation et un léger TOC. Étonnant, paranoïaque, et parsemé de synthés et de cordes, Dungeon Master est une introduction profonde et percutante dans l’univers d’un artiste qui émerge finalement. »

Tough baby / Crack Cloud, Meat Machine.

Cet album des canadiens est à la fois un appel à la révolte et un véritable manuel de vie pour l’auditeur. Sans surprise, Tough Baby est un disque brut bourré de convictions. Zach Choy déclare « On a fait cet album sans espérer en faire un autre ». Mais le monde évolue, et Tough Baby évolue avec lui. Le disque reflète le point de vue de Choy selon lequel « nous mûrissons toujours émotionnellement grâce à nos expériences, et donc la façon dont nous les comprenons et les exprimons évolue au cours de notre vie ». Il y a une certaine élégance dans ce disque : une musique de rêveurs cinématographique qui s’inspire du romantisme de la rue et des croisières miteuses de la pop alternative classique. En effet, ce disque pourrait être une brillante riposte du XXIe siècle à des groupes comme les Pogues, les Blockheads, Roxy Music ou Armand Schaubroeck.

Stéphane L. (Bibliothèque des Champs Libres)



Forever on my mind
/ Son House, Easy Eye Sound.

L’album Forever On My Mind réunit des enregistrements uniques de Son House. Ces enregistrements exceptionnels filmés au printemps 1964 par le légendaire Dick Waterman, qui les a assemblés puis présentés à Dan Auerbach des Black Keys, ont été restaurés pour obtenir la clarté immaculée que l’on découvre sur cet album émouvant. Waterman est une figure cruciale de la renaissance du blues au début des années 60. Il a catapulté une poignée d’artistes mythiques dans la conscience publique, y compris le légendaire Edward James House, dit Son House.

Songs revolving / Stuffed Foxes, Yotanka Records.

Avec seulement 1 EP à leur actif, le groupe Stuffed Foxes s’est taillé une solide réputation sur scène où leur rock’n’roll solaire, psychédélique et noisy prend des allures de transe collective. Six vingtenaires (dont 3 guitaristes !), qui bercent dans le psyché/shoegaze et les attaques noisy étirées jusqu’à l’abandon. Abandon des postures et conventions. Abandon du corps quand l’émotion ne sait plus où donner de la tête et que le pied quitte le fil de ces rythmes cabossés. Six amis d’enfance surtout, et un nom de code (‘renards empaillés’) qui fleure le trip sous acid… De quoi expliquer sous-couches et multiples portes d’entrée. Les mélodies, aussi, qui se perdent dans les échos et renvoient dans les cordes (électrifiées). Il faut avouer que si les paroles (anglophones) se font rares, c’est pour mieux mettre en valeur la musicalité, confirmée avec leur 1er LP Songs revolving produit, enregistré et mixé par Thomas Poli (Dominique A, Laetitia Shériff, Montgomery…). « Chansons écrites pour être jouées fortes » indique le dos de la pochette ! Plus qu’un retour à l’instinctif, la musique des Stuffed Foxes, dense, nervée et qui sait ménager ses effets, n’incite qu’à l’intensité… Celle de l’instant qui prend tout son sens sur scène. Et qui, au sein du pré carré de la relève rock française (Lysistrata, SLIFT et The Psychotics Monks), a trouvé de quoi agrandir le cercle.

Ghost song / Cécile McLorin Salvant, Nonesuch Records.

L’auteure-compositrice-interprète Cécile McLorin Salvant, lauréate de plusieurs Grammy Awards, et qui a remporté une bourse MacArthur Genius 2020, est largement reconnue en tant que chanteuse de jazz dans la lignée de Sarah Vaughn, Billie Holiday et Nina Simone. Avec son premier album chez Nonesuch, Ghost Song, Salvant va au-delà du jazz, tant sur le plan sonore que stylistique, avec un mélange obsédant d’originaux et d’interprétations sur les thèmes des fantômes et de la nostalgie. Elle déclare : « Ce disque ne ressemble à rien de ce que j’ai fait auparavant – il reflète de plus en plus ma personnalité de conservatrice éclectique. J’embrasse ma bizarrerie ! ».


Bedroom walls / November Ultra, Hollywood Summer Records.

À travers sa musique, November Ultra nous invite à plonger chaleureusement dans la lecture de son journal intime. Elle partage autant d’histoires enrichies des multiples facettes de la vie (des plus lumineuses aux plus sombres), mises en musique au son d’une pop patinée d’influences R&B, folk et de comédies musicales entre autres… Bedroom Walls, premier album de l’artiste, sonne comme une invitation dans son sanctuaire. C’est au sein d’une chambre parisienne que November Ultra s’est sentie assez libre pour s’exprimer sans filtre et sans fard, se montrer profondément sincère en évoquant ses émotions et expériences passées.

Bliss Extended / Riopy, Warner.

Bliss [Extended] est la nouvelle version du dernier album de Riopy augmentée de trois titres inédits, dont Human Compassion qui rencontre déjà un énorme succès. Après être devenu Nʻ1 en janvier 2022 aux États-Unis, avec son album Tree of Light, le pianiste offre avec Bliss [Extended] une nouvelle facette, intense et lumineuse. « Bliss est cet état de conscience où la peur n’existe pas ; cet état où seuls subsistent bonheur et joie. Pour enregistrer cet album, je voulais me mettre dans cet état, physiquement et mentalement. Une décennie où j’ai dû traverser beaucoup de douleur a été nécessaire pour enfin trouver un moyen, une méthode qui fonctionne pour moi. Pour l’enregistrement de cet album, le silence, la nature, la beauté, la paix m’ont aidé à modifier mon état de conscience, loin de la réalité quotidienne. » Riopy

Home, before and after / Regina Spektor, Sire Records.

Home, before and after est l’album le plus diversifié et le plus aventureux de Regina Spektor à ce jour. Il a été enregistré dans le nord de l’Éẗat de New York et produit par John Congleton et Regina.

Solo Bach-Abel / Lucile Boulanger, Alpha Classics.

Lucile Boulanger signe ici son premier récital solo. La gambiste française dont tout le monde loue la justesse et l’émotion du jeu (BBC Music Magazine l’a même qualifiée de « Jacqueline du Pré de la viole de gambe ») met en parallèle Bach et Carl Friedrich Abel, grand maître de la viole et très proche de la famille Bach. Si Jean-Sébastien n’a jamais écrit pour la viole de gambe seule, on sait qu’il transcrivait beaucoup de ses œuvres pour plusieurs instruments. Lucile a choisi par exemple de transcrire trois danses de la Sixième Suite, « car elle sonne particulièrement bien à la viole puisqu’elle est écrite pour violoncelle à cinq cordes (un pas vers les six ou sept cordes de la viole ?). Elle est en ré, tonalité de la viole par excellence, et son style déjà un peu galant n’est pas sans rappeler celui d’Abel. (… ) Cet album me donne l’occasion de faire entendre la viole comme instrument à la fois mélodique, avec le grain de l’archet, la fragilité du son, mais aussi polyphonique. »

Mil coisas invisiveis / Tim Bernardes, Psychic Hotline.

Voici quinze chansons sur l’amour, la souffrance, et le changement en provenance de l’un des âmes les plus lumineuses de Sao Paulo. Chanteur, musicien, auteur, compositeur et producteur, il a également collaboré avec Fleet Foxes, Tom Zé, David Byrne, Gal Costa, Devendra Banhart et plus encore. Tim a émergé en 2017 comme l’un des artistes brésiliens des plus talentueux de sa génération, profondément enraciné dans le patrimoine musical verdoyant du Brésil. Expansif et irradiant, ce deuxième album tant attendu nous invite à revenir dans son univers sonore singulier : chaleureux, intimiste, chargé d’émotion, guérisseur. L’album a été principalement écrit lors d’une tournée avec O Terno, son célèbre groupe de tropicalia indé. Le travail qui en résulte relie les points cosmiques du tropicalia et de la samba à l’indie et au folk contemporains ; c’est un moment généreux et intimiste, des méditations sur la transformation métaphysique face à une grave incertitude.

Cécile D. (Bibliothèque des Champs Libres)

Nos concerts de l’année : Ausgang au festival Mythos, The Notwist à l’Antipode, Burning Spear au festival No Logo (Saint-Malo), Zentone au VIP (Saint-Nazaire).