1619 : L’autre naissance des États‑Unis / Virginie Adane

En 2026, les États‑Unis fêteront en grande pompe le 250ème anniversaire de leur indépendance proclamée le 4 juillet 1776. Une célébration que les conservateurs et l’orthodoxie trumpiste attendent comme un point d’orgue du second mandat. Pourtant, depuis une quinzaine d’années, et plus récemment dans un contexte marqué par le débat sur le temps mémoriel, une autre voie s’impose : celle qui érige l’année 1619 en repère majeur et alternatif du récit national américain.

Le 25 août 1619, une vingtaine d’hommes et de femmes originaires de l’ancien royaume de Ndongo, l’actuel Angola, furent débarqués en Virginie. Ils devinrent les premiers Africains réduits en esclavage dans une Amérique qui n’était alors qu’une colonie britannique. Une date symbolique qui précède d’une année le récit fondateur traditionnellement construit autour du Mayflower, navire qui a transporté les Pèlerins puritains (Pilgrim Fathers) depuis l’Angleterre jusqu’en Amérique du Nord, en 1620.

Dans ce livre, Virginie Adane démontre combien la date symbolique de 1619 bouleverse la manière de penser les origines des États-Unis en mettant en lumière l’impact central de l’esclavage et le rôle des Afro-Américains dans la formation de l’histoire et de l’identité des USA. L’ouvrage fait également un focus important sur l’initiative journalistique 1619 Project.
Ce vaste travail éditorial a été lancé en 2019 par Nikole Hannah-Jones et le New York Times Magazine pour commémorer les 400 ans du débarquement des premiers captifs africains à Port Comfort en Virginie en août 1619. Le but du « 1619 Project » est d’inscrire cette date dans un récit des origines alternatif, mais aussi de redonner une place à toutes ces voix longtemps oubliées : celles des captifs africains, de leurs descendants, celles et ceux dont le travail, les résistances et les expériences ont façonné la nation américaine. Rappelons qu’actuellement aux USA, et selon 10 Million Names Project, environ 44 millions d’Américains sont descendants directs des Africains réduits en esclavage aux États-Unis.

Virginie Adane analyse les tensions que suscite cette démarche et ce débat mémoriel qui ressurgit avec force notamment grâce à une visibilité accrue du mouvement Black Live Matters suite au meurtre de George Floyd en 2020. Alors que certains historiens et politiques conservateurs craignent que l’esclavage ne devienne le « péché originel » des États-Unis, d’autres et notamment les activistes pour les droits civiques y voient au contraire la nécessité de reconnaître cette réalité. L’autrice rappelle aussi que la mémoire nationale est actuellement euro-centrée sur les mythes fondateurs, le récit du Mayflower, la déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776 ou encore la figure des Pères fondateurs, occultant ainsi totalement la violence de la société esclavagiste et la marginalisation de millions de femmes et d’hommes.

Virginie Adane élargit également son analyse à la traite transatlantique active depuis 1501 et à ses ramifications sur le continent africain ainsi qu’au rôle entretenu par les empires portugais, espagnol, britannique, hollandais et français. Elle décrit avec précision l’extrême violence du « passage du milieu », cette traversée de près de deux mois durant laquelle les captifs vivaient dans des conditions inhumaines. L’autrice documente aussi la situation spécifique des femmes à bord, souvent confrontées à des violences supplémentaires. Dans le projet 1619, les Africains réduits en esclavage sont « né.e.s sur l’eau », arrachés à leurs terres et à leurs vies, et forcés de renaître dans la douleur de la traversée de l’Atlantique.

1969 : L’autre naissance des États‑Unis est un ouvrage essentiel et passionnant sur le travail mémoriel et la réinvention du récit des origines.

    PUF 2025 / Coll. une année dans l’histoire

    À retrouver (entre autres) dans les Bibliothèques de Rennes.

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    Pour aller plus loin : https://1619education.org

    Mais aussi : https://10millionnames.org/
    « 10 Million Names » : une initiative qui vise à retrouver l’identité des dix millions d’Africains réduits en esclavage sur le territoire des futurs États-Unis, entre le XVIᵉ siècle et 1865, date officielle de l’abolition de l’esclavage.


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