À la chaîne / Eli cranor

« En regardant cet argent, Gabby comprit une chose qu’elle ignorait jusqu’alors : tout rêve américain naissait d’un cauchemar. Chaque fortune, même modeste, était bâtie sur un terrible péché. »

Après Chiens des Ozarks (2025), Eli Cranor nous amène encore une fois chez lui, à Springdale, en Arkansas. En nous permettant d’entrer dans une usine avicole aux conditions de travail inhumaines, « A la chaîne » nous montre l’autre visage de l’Amérique, celui des immigrants prêts à tout pour survivre.

L’auteur évite la caricature et l’opposition basique du couple américain riche face aux pauvres mexicains. Avec une écriture sobre, Eli Cranor détaille l’exploitation des ouvriers : l’interdiction d’aller aux toilettes, les gestes automatiques, l’odeur de chlore, les températures glaciales… Les deux personnages féminins apportent toutefois un peu d’émotion et d’humanité au récit et permettent d’aborder de nombreuses thématiques sociétales (maternité, deuil, condition féminine) de façon extrêmement pertinente, pour aller au-delà de la simple dénonciation de la violence du capitalisme sauvage.

A la fois thriller psychologique, roman noir et drame social, ce second texte à l’écriture nerveuse et au montage original, démontre que le rêve américain n’est souvent qu’un leurre.

Sonatine éditions, 2026

À retrouver (entre autres) à la Bibliothèque des Champs libres.

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