La vie – par un ancien qui a officié au guide Michelin – romancée comme romanesque de Paul Bocuse (1926-2018) est enlevée, instructive avec une parfaite connaissance des points de bascule de l’histoire de la gastronomie française au XXe siècle. Les pages épiques sans être hagiographiques se dégustent, s’avalent, s’engloutissent.
Né dans l’auberge de ses parents, à Collonges-au-Mont-d’Or, sur les bords de la Saône, à quelques kilomètres de Lyon, Paul Bocuse devient l’aubergiste le plus célèbre de France, frotté aux cuisines de la Mère Brazier et de Fernand Point. A la fois irrassasiable, impérial « Monsieur Paul » a même été désigné « cuisinier du siècle » avec Joël Robuchon et Fredy Girardet en 1989, par ses « meilleurs ennemis », les compères Gault et Millau : 53 années de trois étoiles au Michelin jusqu’à sa mort, Meilleur ouvrier de France, à la tête d’un empire financier international, de Paris à New York, Tokyo. Ambassadeur du soft power français, Bocuse a inventé la veste du cuisinier, le col bleu-blanc-rouge des Meilleurs ouvriers de France, il portait une toque de 15 centimètres plus haute que les autres afin de mettre à l’honneur le métier de chef qui a transformé un métier en art national. Il invente de nouveaux codes, et en même temps, met en scène sa propre grandeur. Il aura toujours mis son intuition remarquable au service de lui-même et de la France – dans cet ordre. Sans parler de démesure, de sa vie personnelle tumultueuse, polygame insatiable.
L’auteur restitue l’ambiance de franche camaraderie qui règne dès l’après-guerre le long de la Nationale 7, la « route bleue » qui relie la porte d’Italie à la frontière italienne en passant par Tournus (Jean Duclous), Roanne ( Troisgros), Collonges-au-Mont-d’Or (Bocuse), Vienne (Fernand Point) et Valence (Pic), les rencontres avec Brigitte Bardot et le général de Gaulle, Romain Gary et Valéry Giscard d’Estaing, les déclarations fracassantes et la renommée mondiale, la résistance face aux modes successives de la Nouvelle Cuisine à la cuisine moléculaire.
Cuisine authentique, célébrant le produit noble, généreuse, elle perpétue et transmet des plats traditionnels auxquels les jeunes chefs d’aujourd’hui ont tendance à revenir.
Grasset, 2026
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