Après de longues années d’absence Yasmine Hamdan sort enfin son troisième opus solo. Parus respectivement en 2003 et en 2007, Ya Nass et Al Jamilat paraissent déjà lointains, et pourtant la musique de l’artiste s’inscrit dans un même continuum, où chaque album prolonge le précédent.
Produit de nouveau avec Marc Collin, l’album séduit au fil des écoutes : après un moment de déstabilisation, les harmonies addictives reprennent le dessus, confirmant la signature sonore de l’artiste. Les textures du chant suave, langoureux, plaintif, chuchoté, parfois enjoué sur fond de musique électronique se conjuguent parfaitement avec les réinterprétations subtiles et raffinées des codes de la musique traditionnelle arabe. Yasmine Hamdan explore également davantage les ruptures rythmiques, jouant sur des quasi-silences ou des ralentissements qui instaurent une dimension introspective. Parfois, des rythmes chaloupés se modifient étrangement et appellent à la danse frénétique. La matière est bien là, compacte, répétitive, cyclique, hypnotique, mais aussi plus sombre et angoissée que sur les deux précédents albums !
En s’aidant de son expérience intime et du traumatisme collectif, l’artiste explore avec gravité les thèmes de l’absence, la mémoire, l’exil, le déchirement. Ces motifs se déploient sur fond de sons répétitifs, de tensions sonores pulsatives, évoquant les sirènes lointaines et les échos de la guerre. La référence inévitable à l’explosion du port de Beyrouth en 2020 s’affiche d’ailleurs dès le premier titre. Accident, négligence, volonté de déstabilisation ! La colère, le désespoir et la résignation sont palpables. L’œuvre de Yasmine Hamdan est imbriquée dans les réalités politiques du monde arabe contemporain, loin des simplifications et des stéréotypes !
L’album est puissant, parfaitement maîtrisé avec un souci du détail manifeste et s’inscrit comme ses deux prédécesseurs dans une esthétique musicale résolument contemporaine. Il en dit long sur l’activisme culturel de son autrice. Entre souvenir et oubli : Yasmine Hamdan confirme son statut de grande prêtresse de la scène électronique alternative moyen-orientale.
Le mot de la fin revient à Mahmoud Darwich (1941-2008), le grand poète palestinien dont la voix est figée dans le livret du disque : Where should the birds fly after the last sky ?
CRAMMED DISCS 2025
À retrouver (entre autres) dans les Bibliothèques de Rennes.
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