Disponible en VOD sur le site Médiathèque Numérique, ce film raconte l’histoire de Kneecap, un groupe de musiciens issus du quartier de Falls Road / West Belfast en Irlande du Nord. Avec l’aide d’un professeur de musique, ils font le pari audacieux de rapper en gaélique irlandais. Cette lutte pour la survie du « Ghaeilge » devient le thème central du film et permet d’amener une réflexion plus large sur la résistance, la rébellion et l’appropriation de l’histoire par la jeunesse irlandaise d’aujourd’hui. A mi chemin entre le biopic et la comédie, le film est drôle, captivant, irrévérencieux et volontairement provocateur. Un cinéma du réel totalement déjanté, où le réalisateur filme une jeunesse rebelle et chaotique qui s’adonne aux excès en tout genre. La mise en scène de Rich Peppiatt évoque Trainspotting par son énergie brute et électrisante.

Kneecap s’amuse et régle des comptes avec l’establishment, avec comme cible principale, les symboles de l’État britannique, sans oublier bien évidemment la monarchie qui prend quelques « balles perdues ». Le groupe va même jusqu’à utiliser la balaclava (cagoule des paramilitaires couvrant la tête et le visage) sur scène lors des concerts. Le mot « kneecap » (rotule) résume à lui seul l’identité du groupe. L’expression « to be kneecapped » fait référence à une punition infligés par les paramilitaires républicains et loyalistes pendant les « Troubles » (conflit Nord-Irlandais de 1968-1998) : l’acte de tirer à l’arme à feu dans le genou d’une personne pour lui infliger une douleur intense ou une incapacité permanente. Une méthode apparemment très utile pour imposer une autorité et maintenir l’ordre par la terreur ! Le choix de cette référence historique rappelle à la jeune génération, l’héritage colonial britannique et ses aspects les plus sombres. Le succès du film et du groupe Kneecap suscite des réactions très vives et contrastées en Irlande et au Royaume-Uni. Cette rébellion artistique soudaine et populaire ne plaît pas à tout le monde et ravive les divisions. Le Parti unioniste d’Ulster favorable à l’union avec le Royaume-Uni, accuse d’ailleurs les trois membres du groupe de glorifier les faits imputables à l’IRA et de banaliser les violences du passé. L’épisode des « Troubles » est présent dans toutes les mémoires et les tensions historiques encore vives et douloureuses.

Le groupe Kneecap possède une fan base internationale impressionnante car son message politique est perçu comme universel. Le film a été ovationné et salué par les critiques aux Etats-Unis lors de sa présentation au Festival de Sundance en 2024, ceux-ci y voyant un écho aux luttes sociales et culturelles sous l’ère Trump, mais aussi un échos aux luttes des peuples autochtones et minorités à travers le monde. Le positionnement politique du groupe s’inscrit dans une logique de solidarité anti-impérialiste. Les membres de Kneecap ont également exprimé publiquement leur soutien à la cause palestinienne, qu’ils relient à leur propre expérience de la colonisation. Ils ont régulièrement appelé à un cessez-le-feu et condamné le génocide.

Bien plus qu’un film sur un groupe qui scande des punchlines aiguisées à l’ombre des « Peace Walls », Kneecap est perçu comme un médium d’expression qui permet de s’affranchir des dogmes politiques, comme une invitation à parler dans un contexte de mémoire enfouie. Sur l’île d’Irlande, il y a aujourd’hui encore deux sujets interconnectés capables de transformer une conversation tranquille en un champ de mines : la religion et les « Troubles ».

Film sorti en 2024 (2025 en France)

Film disponible en VOD sur le site Médiathèque Numérique

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