Dans Pauvre, récit authentique récompensé par un succès exceptionnel en Irlande, Katriona O’Sullivan nous conte sa vie, bien éloignée d’un conte de fées. Entre Coventry, Birmingham et Dublin, un déterminisme social et une prédisposition à la consommation de drogues semblent frapper sa famille de génération en génération. Son père et sa mère, toxicomanes, alcooliques et parents d’une fratrie de cinq enfants, s’avèrent complètement défaillants et dangereux pour eux-mêmes et leur progéniture. Katriona, née à la fin des années 1970, va ainsi être amenée à vivre d’innombrables expériences d’une violence inouïe. Et pourtant, ce récit parle d’amour. Celui d’une enseignante de maternelle qui lui enseigne de simples gestes : se brosser les dents, se laver, s’habiller. Celui de Louise qui lui offre son amitié. Celui d’un père ému qui la félicite. Enfin, tout en remettant en cause la valeur de mérite dans un système éducatif très difficile d’accès pour les enfants des classes populaires, l’auteure rend grâce aux programmes sociaux qui l’ont maintenue en vie et lui ont permis d’accéder aux études supérieures.
Lumineux et pudique, l’ouvrage de Katriona O’Sullivan, aujourd’hui professeure d’université, dégage une incontestable force d’émotion. C’est un livre, certes à ne pas mettre entre toutes les mains, mais dont l’écriture reste sobre, sans pathos ni misérabilisme. Pauvre mérite bel et bien sa place auprès des plus grands textes sur la pauvreté.
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