Une sélection des coups de cœur musicaux des bibliothécaires des Champs Libres pour le traditionnel top de l’année écoulée :

Flow critical lucidity / Moore Thurston, Daydream Library.

Thurston Moore, figure emblématique de la scène alternative et ancien membre de Sonic Youth, revient avec son neuvième album solo, Flow Critical Lucidity, sous le label Daydream Library Series. Sortie prévue le 20 septembre 2024, cet album promet d’enchanter les fans avec son mélange unique de rock psychédélique et d’expérimentations sonores. Flow Critical Lucidity a été en partie produit en Europe et au Royaume-Uni, s’inspirant de la nature, des rêves lucides, de la danse moderne et de l’oeuvre d’Isadora Duncan. Enregistré aux Total Refreshment Studios à Londres et mixé avec Margo Broom au Hermitage Studios, cet album est une véritable exploration musicale. La pochette de l’album, réalisée par l’artiste Jamie Nares, un ami de longue date de Thurston Moore, ajoute une dimension visuelle captivante, à partir de l’oeuvre ‘Samurai Walkman’. Parmi les morceaux phares, on retrouve Sans Limites, Hypnogram et Rewilding.


Rock machine / La Femme, Idol.

Après l’escapade espagnole « Teatro Lucido » et la douce évasion « Paris Hawaï », le groupe créé par Marlon Magnée et Sacha Got continue son tour du monde avec « Rock Machine » premier album écrit en anglais. Composé ces dernières années lors de différentes tournées autour du monde, ce nouvel LP a été fortement inspiré par l’enchaînement des dates aux USA, au Canada, en Amérique du Sud, en Australie et des rencontres qui en ont découlé. La Femme revient à ses premiers amours new wave et synth wave de Psycho Tropical Berlin qu’il fusionne avec un son rock anglo-saxon des années 80-90. Cet album est une ode au rock’n’roll, à son efficacité et à son intemporalité mais aussi à l’amour et au désespoir. La Femme continue de développer avec « Rock Machine » un univers hors des modes et multidimensionnel avec son propre son et esthétique. En plus des sonorités rock et synthwave (dont Clover Paradise en est le parfait exemple), on y retrouve toujours de l’électro (Sweet Babe), de la surf-music (Ciao Paris), de la disco sauce Punk UK (My Generation), du western ou des balades. Vénus est une irrésistible et enivrante rencontre entre le Velvet Underground et The Mamas and the Papas, Love is Over sonne comme un groupe du Madchester des années 80’s qui jouerait à l’Hacienda… La liste est longue mais toujours unique et cohérente.


When I’m called / Jake Xerxes Fussell, Fat Possum Records.




Romances d’empire / Maïlys de Villoutreys et Clara Izambert, Château de Versailles Spectacles.

Telle une étoile filante, la cantatrice Sophie Gail emplit sa courte vie de musiques et de passions. Publiant ses premières romances à 15 ans en 1790, cette divorcée qui vécut librement (4 enfants de 4 pères différents) atteint la célébrité comme compositrice à l’Opéra-Comique en 1813, tout en faisant fredonner ses romances à toute la Belle société de l’Empire. Elles revivent avec esprit et brio grâce au magnifique duo que forment Maïlys de Villoutreys et Clara Izambert.




Ceol agus gra / Peter Deaves, Le Poulpe.

Des rives de la Mersey à la forêt parisienne, le parcours atypique de Peter Deaves aboutit à Ceol Agus Gra (Musique et amour en gaélique), son premier album. L’auteur-compositeur-interprète de Liverpool célèbre les anciennes formes de vie et la beauté de la nostalgie, illuminée par une abondante instrumentation live (lapsteel, contrebasse, mandolines, banjos, bugles, flûtes, etc.) et la chaleur analogique des amplis à lampes. Proche des sonorités larges et profondes de Townes Van Zandt et Ricky Nelson, la voix de Peter Deaves est le fil rouge d’un album où se glissent les ombres des Beatles (Nowhere Boy), de Leonard Cohen et d’Elliott Smith (Quarter Past). Des coups de chapeau à Johnny Cash (The Long Green River), Neutral Milk Hotel et Radiohead dans la brillante compression Britpop de Gasoline, le long fingerpicking de Blaze Foley (Liverpool) ainsi que la raucité festive des Pogues (Bury Me Under The Mersey). Sensible et introspectif, Ceol Agus Gra est un album d’une beauté solennelle, ainsi qu’une célébration intense de la vie et de l’amour. Il peut vous faire pleurer dans votre bière au bar, ou danser sur les tables, ou les deux.


Pick-up / Brigitte Fontaine, Verycords.

Brigitte Fontaine, l’empêcheuse de tourner en rond, est de retour pour un album de haute volée poétique et mélodique, entre transe krautrock, rock garage et chaabi, produit par The Limiæanas.  » Pick-up  » (titre choisi en référence au retour des vinyles), a été enregistré en grande partie à Perpignan, dans le studio des Limiæanas, groupe français culte des deux côtés de l’Atlantique. Les compositions du fidèle Areski Belkacem se sont parées de l’énergie saturée de guitares fuzz, d’amplis à lampes et d’orgues déchaînés. Riche en images sensuelles,  » Pick-up  » s’impose comme une déclaration d’amour au simple fait d’être vivant. Si Brigitte y évoque ses aspirations mystiques et ses souffrances physiques, elle parvient à leur donner une dimension universelle. Plus qu’une plainte, elle lance un appel à se raccrocher aux attaches qui nous aident à supporter notre condition mortelle. La révolte de Brigitte Fontaine s’exprime également dans plusieurs titres de  » Pick-up « , comme  » Neuf trois  » ou  » Crevards, miteux, pauvres errants « , véritable profession de foi intemporelle. La reine des paradoxes ne pouvait conclure son nouvel opus sans nous surprendre avec  » Le beau temps « , sarabande grinçante et satirique. Brigitte Fontaine restera décidément à tout âge une enfant sauvage et malicieuse, qui aura traversé l’existence sans se plier aux contraintes de la vie adulte.


C’est à moi ça / Gwendoline, Born Bad Records.

La musique de Gwendoline en a rien à foutre. Elle a pas de projet. Elle tente rien, ils le répètent à qui veut l’entendre, faut juste écouter. Chacun entendra ce qu’il veut dans ‘C’est à moi, ça’, nouvel album des deux brestois signés chez Born Bad. D’aucuns voudraient qu’ils soient Joy Division, Noir Boy George, Bruit noir, Ventre de biche, les Bérus. Voudraient que leur wave soit cold, shlag, dark… mais c’est pas leur problème. Les malentendus peuvent tuer dans ce métier, par pitié laissons ces deux-là tranquilles. Chanter la tise à ce point, c’est plus la haine de soi qui guide leurs pas, c’est culturel. C’est un acquis social, ils ont le droit de chier sur Rennes quand les costards en gyropode y ont piqué leurs bars préférés. C’est bien un truc d’inclus de trouver qu’ils sont déprimés, il suffit d’écouter ‘Le sang de papa et maman’ pour comprendre à quel puits artésien ils vont chercher le pastis croupi qui jaillit de ce disque. Il y a des chansons qui se laissent chanter, parce qu’il y a de la place pour nous dedans. Gwendoline calcule rien, si ça braille simple comme au foot, c’est pas pour remplir des stades, c’est parce que c’est venu comme ça.


Songs for the dead / Catherine Graindorge,

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