Travelling 35e édition : Taïwan, le cinéma contre l’oubli

Vous avez manqué les séances du festival, vous souhaitez développer votre culture en cinématographie taïwanaise ? Je vous propose de rattraper votre retard avec 5 films disponibles sur le réseau ! Au programme, des réalisateurs cultes du cinéma taïwanais : de Tsai Ming-Liang à Midi Z et, dans l’ombre des ruelles de Taipei, des héros variés : tantôt mutiques (Les rebelles du Dieu Néon) et hauts en couleur (Nina Wu)…

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Sans plus attendre, on embarque !

Les rebelles du Dieu Néon, Tsai Ming-Liang, 1992

« Hsiao Kang décide sur un coup de tête de ne pas se présenter aux examens d’entrée à l’Université. Il empoche l’argent que ses parents lui ont donné pour payer sa prépa, et déambule dans les rues du quartier Hsimenting à Taïpei. Là, il rencontre Ah Tzi, un délinquant, qui passe ses journées sur les consoles de jeux électroniques ou bien qui sillonne les rues de Tapei, la vampirique, sur sa grosse moto. Une déambulation urbaine commence. »

Avec ce film, vous n’échapperez pas à un thème principal emblématique et entêtant, vous faisant peut-être balancer la tête en rythme de temps à autre. La composition de Huang Shu-Jun constitue d’ailleurs l’intégralité de la bande son du long-métrage à l’ambiance sonore d’avantage calme et urbaine. La composition des plans, le travail sur une atmosphère sombre et tamisée sont réalisés avec brio, le tout mis en exergue par une image granuleuse presque palpable. La misère est représentée par le motif d’un cafard incarnant le personnage d’Hsiao Kang, en lutte contre lui-même, silencieux et insidieux. Il parasite discrètement la vie d’Ah Tzi, figurant pour lui l’incarnation d’un désir et d’une rivalité. Ah Tzi, est lui-même mis en parallèle avec le motif récurrent de l’eau : une inondation incessante qui survit tout au long du film, une lutte en son for intérieur contre un élément incontrôlable envers lequel il ne semble pourtant prêter que peu d’attention… à l’image de son rapport avec Hsiao. Le spectateur est mis en position d’observateur des événements qui se déroulent, impuissant. Les personnages sont dépeints avec un réalisme certain, rapprochant presque le film d’un docu-fiction envoûtant.

Nina Wu, Midi Z, 2019 (disponible en ligne)

« Nina WU s’installe à Taipei dans l’espoir de faire une carrière d’actrice. Un jour, son agent Mark lui propose le casting du rôle principal d’un film d’espionnage. Malgré sa réticence à la lecture du scénario, Nina se rend à l’audition. Le scénario écrit par l’actrice taïwanaise WU Ke-Xi, navigue habilement entre réalité et fantasmes en dessinant un itinéraire aussi touchant que glaçant. »

Le film s’ouvre sur un plan à l’esthétique impactante, le spectateur est invité à y entrer à la manière d’un provincial prenant le train ou le métro vers la ville. En effet, Midi Z s’identifie au personnage principal jouant le rôle d’un aventurier en milieu urbain. Comme lui auparavant, Nina Wu, incarnée par Wu Ke-xi la scénariste du long-métrage, a quitté la campagne natale en quête de succès dans le milieu du cinéma. L’élément déclencheur de l’intrigue s’installe rapidement et le personnage de Nina se retrouve bientôt serrée dans le cadre d’une caméra, sur le set d’un tournage. Le jeu de montage proposé par Midi Z vient confondre la barrière du fictif et du réel et transmet le malaise et l’artificialité ressentis par Nina à tourner des séquences de cinéma. Tantôt, on ne sait plus ce qui fait office de film ou de film dans le film, les cadres se multiplient. Scénaristiquement, certaines scènes paraissent étranges : des ellipses impromptues s’imposent, une même scène se répète inlassablement tandis que d’autres se contredisent les unes des autres, le tout guidé par le fil rouge d’une robe. Car à mesure que le film progresse, la tension s’intensifie pour venir construire un tableau, brouillant à nouveau la barrière de la fiction. L’expérience de Nina Wu reflète celle Wu Ke-xi, de son expérience dans un milieu rempli de prédateurs, les paroles de Midi Z s’incarnent : « il existe deux types de films », la violence atteint son paroxysme, « ils ne s’en prennent pas seulement à mon corps, ils veulent aussi prendre mon âme. Viens avec moi ». Tableau final. Si l’introduction a permis au spectateur d’entrer doucement et avec enthousiasme dans cet univers, la scène de fin s’assure qu’il y reste, cloué sur son fauteuil de cinéma, les yeux rivés sur un générique aux idéogrammes teintés de rouge. Dans sa rétine, une image fantôme est imprimée.

The Assassin, Hou Hsiao Hsien, 2014 (disponible en ligne)

« Chine, IXeme siècle. Nie Yinniang revient dans sa famille après des années d’exil. Initiée aux arts martiaux dès l’enfance, elle est devenue une justicière impitoyable. Un jour, son maître la charge de tuer Tian Ji’an, son cousin, ancien amour et nouveau gouverneur de Weibo. Hou Hsiao-Hsien, au sommet de son art, signe une fresque virtuose où l’émotion affleure avec retenue et pudeur. Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2015. »

The Assassin, avec ses allures de film de sabre, est avant tout un film contemplatif. Le parcours de son héroïne, Nie Yinniang, est montré à travers des plans d’ensemble et un jeu d’acteur pudique, reflet d’une société stricte et traditionnelle où le sentiment est à peine évoqué par un regard, mais plutôt par le biais d’une décision, d’un geste. Si vous êtes habitués à ce qu’un film vous dévoile facilement ses clés de lecture, vous serez déroutés. Hou Hsiao-Hsien a mis un point d’honneur à jouer avec le naturel de ses acteurs auxquels il n’a souhaité donner aucune indication de jeu. L’histoire se construit avec le regard du spectateur, reliant entre eux les indices de narration. Vos yeux se raviront certainement avec la beauté des plans aux contrastes élevés, aux couleurs et aux textures chatoyantes. Toutefois, leur longueur annihile l’action vers une forme de contemplation pure. Un parti prix qui peut se montrer difficile à suivre pour nos regards occidentaux, habitués à un cinéma d’action où l’on juge parfois la qualité d’un plan ou d’une séquence à son efficacité. Mais si vous acceptez, le temps d’un film, de déconstruire votre regard voire, si vous connaissez le cinéma asiatique et ses codes, ce film est pour vous une occasion à ne pas manquer. La portée symbolique de chaque décision prise par un personnage fort, en lutte contre lui-même, vous marquera sans aucun doute.

Face à la nuit, Wi Ding Ho, 2020 (disponible en ligne)

« Trois nuits différentes de la vie d’un même homme défilent. Chacune d’entre elles retrace l’histoire de sa chute, dans une société contrôlée et déshumanisée. Un film audacieux tant sur l’aspect esthétique que narratif qui donne une texture à la nuit, au point d’en faire un personnage à part entière. »

L’intérêt de ce film repose dans la narration régressive qui offre une lecture de personnage assez unique. On peut éventuellement rapprocher cette approche à celle de « L’étrange histoire de Benjamin Button » (David Fincher, 2008), quoique le personnage principal du film de Wi Ding Ho n’ait rien de sa naïveté. De prime abord, Zhang Dong Ling est antipathique : possessif, violent, sans morale. Mais dans les premières minutes du film déjà, sa relation avec sa fille amorce une contradiction : Zhang Dong Ling aime, a peur et, dans une autre vie, a vécu des événements traumatiques. Si vous êtes intéressés par des thèmes comme l’enfance, le destin, la fatalité, je vous laisse découvrir ce film sans plus de mots ! Cependant, si vous vous êtes fait happé par un trailer donnant au long-métrage des accents de film futuriste, notez que cet aspect n’est traité que dans le premier tiers de l’histoire.

Dragon Inn, Hu King, 1967

« Le puissant Cao Shaoqin sème la terreur parmi son peuple. La police secrète vient d’exécuter le loyal Yu Qian, accusé à tort d’avoir aidé des étrangers. Ses trois enfants sont, eux, condamnés à l’exil hors du pays. Mais il prévoit en réalité de les exterminer en chemin… King HU réinvente le film d’arts martiaux avec un récit de vengeance électrisant et envoûtant. »

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