Ce récit puissant et poétique – qui tient autant de l’introspection que du portrait posthume – rend l’affect qui unit à la personne disparue ; il va vers la lumière des souvenirs heureux où éclatent l’amour et la reconnaissance d’un frère pour cet aîné l’ayant aidé à se construire, ce fou de blues, guitariste brisé.
Deux ans après la mort brutale de son frère, Edouard, l’auteur – prix Goncourt de la nouvelle 2023 – s’autorise à en brosser le portrait déchirant d’un homme malade ; il décrit la schizophrénie comme une aliénation, « de possession de tout ce qui fait soi », dit l’homme, la crasse, les mégots, la poussière, les médicaments, l’impuissance, l’agressivité, l’incompréhension, le déni, les cris, l’évitement, la tristesse, la thérapie.
Il explore pas à pas, dans sa mémoire et sa vie, ce que la maladie a fait de la relation d’Edouard avec ses proches et avec lui-même. Et qui a conduit l’écrivain, dans les derniers mois de la vie du malade, à prendre ses distances avec lui, pour se préserver « comme on ferme les yeux juste avant le choc ».
Les mots, leur nécessité et la justesse lui font quitter le « gouffre » de la maladie pour retrouver, en remontant progressivement le temps, des images plus lumineuses d’Edouard, des moments fondateurs. Il le peint comme un garçon rieur, sensible, farceur et provocateur, à la vitalité exceptionnelle, à la souffrance permanente, décuplée par son mode de vie (l’alcool, le cannabis, le tabac et la sédentarité) – à l’origine de son double AVC.
Editions de l’Olivier, 2025
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